29.3.07

La Quincaillerie Céleste d'Artémia du Corossol


Le nom officiel du commerce que tout le monde connaissait comme Artémia du Corossol sur la place du marché de Kalakata était celui-ci : La Quincaillerie Céleste, articles religieux, semi-gros et détail. De fait Artémia Guimbo vendait outre les plantes médicinales, liturgiques et aromatiques tout un chapelet de perles et sequins, de rocailles et de coquillages, de strass et de paillettes, toute une panoplie de ferraille et de poudres, de champagnes, de rhums et de miels propres à favoriser le dialogue avec les Ciels et les Enfers artificiels !
Dans sa devanture comme sur son comptoir se reposaient des statues incassables de seize centimètres à un mètre trente de haut portant autour du cou colliers de perles de verre de toutes les couleurs. Ailleurs des figurines en bois sculpté et peint semblaient plongées dans l'oubli dormaient au fond de bols-calebasses ou de marmites en terre cuite aux côtés d'éventails en acier ou en laiton imitant le cuivre. De grands paniers d'osier hébergeaient pêle-mêle des racines de toutes les îles de l'archipel; des graines; des feuilles de glycérine, de verveine caraïbe pour soigner l'angoisse, d'avocatier pour ouvrir l'appétit, de corrosolier et de prunier d'Espagne pour les dents de lait et les gencives, de crête de coq d'Inde pour ôter les boutons du visage, de quénettier pour vaincre l'eczéma, de paraka pour les démangeaisons, de plantain pour la bronchite, de dartrier pour soigner les dartres, de tamarinier et de calebassier pour soigner la constipation ; des bourgeons de  campêche et de pomme cannelle contre la fatigue, et des fleurs de mâle papaye, d'avocatier,  de camomille et de baraguette.
Sur un meuble dans un coin derrière elle on trouvait du champagne, du mousseux, de l'huile de palme, du rhum et du miel. Seul un oeil exercé savait comment y retrouver ses petits ! On pouvait y trouver des pipes et des cigares ainsi que du tabac et des coquillages.
Au-dessus, pendant au plafond, la Quincaillerie Céleste explosait de couronnes, sceptres, épées, arcs, flèches et haches ainsi que de tridents rouges et noirs. Mais on y voyait aussi des bras, des jambes, des morceaux de corps, des têtes, des coeurs en cire jaune qui serviraient à l'heure voulue d'ex-votos.
Au-dessus des étagères se trouvaient de vieilles fioles à l'écriture illisible où seule Artémia savait distinguer la poudre d'hippocampe séchée (bonne à résoudre les maux de tête) de la poudre de lézard (radicale pour résoudre un mal de dents) ou de celle de corne de buffle (efficace selon elle contre les rhumatisme et les vers). Dans ce céleste bric-à-brac on trouvait encore des pendentifs en dents, des colliers en dents de jaguar, des peignes, des miroirs, des flacons d'eau de Cologne, des savons de toutes qualités, des huiles, des pots, des onguents, de la tôle galvanisée imitant à merveille l'or, l'argent ou le cuivre, des bains de feuillages, des talismans, des protections, tout le nécessaire indispensable à la fumigation. Des bateaux bleus et blancs attendaient leurs matelots et au-dessus de l'étal, sur un pan de mur, posées sur des étagères se trouvaient les articles de carnaval (masques, perles, paillettes, déguisements, guirlandes et confettis). Un autre pan d'étagères était consacré au royaume des bougies de désenvoûtement, de sept jours ou de vingt-et-un jours, parfumées au miel, colorées ou blanches et virginales, des chandeliers et cierges. Sous le comptoir des tiroirs s'ouvraient et se refermaient avec leurs trésors célestes...C'était Babylone