5.3.07

La procession des cercueils


La procession des cercueils à la fin de la Treizaine à Saint-Antoine-des-Divins Plaisirs est une tradition bien ancrée dans le calendrier des Reliques. C'est une procession qui a vu le jour en souvenir en 1630 de la dispense de l'archipel de l'horrible cyclone qui a dévasté en 1629 les Reliques. Chaque année, le deuxième dimanche de juin, l'île de Kalakata se voit envahie de pélerins désireux d'accomplir leur promesse de se faire transporter en pénitence dans un cercueil en remerciement à une grâce obtenue par l'intercession de Saint-Antoine-des-Divins-Plaisirs, des Quatorze Saints Intercesseurs ou de saint Léonard-de-Port-Maurice, tous autant qu'ils le sont, avocats des causes désespérées.
On raconte que si on ne fait pas la procession de son vivant, on devra la faire après sa mort, mais combien serait-elle plus pénible; alors on aura à porter son cercueil sur les épau­les et on n'avancera chaque jour que de la longueur du cercueil lui-même.
C'est la procession la plus ancienne et la plus solennelle de l'archipel.
Pas moins de 14 fanfares et autres cliques venues de diverses parts de l'archipel prennent part à cette procession de morts-vivants sous le patronage de la société de musique "La Lyre des Quatorze Saints de Kalakata" première fanfare de rue à avoir été fondée dans l'Archipel aux alentours de 1830. Chaque fanfare porte le nom de l'un des saints Intercesseurs.
Après une nuit de veillée, vient la messe matinale et après avoir chanté les matines et les laudes, après avoir célébré à 6 heures la cél´´ebration de l'Eucharistie et avoir béni les pains, il faut trout recommencer à 9 heures puis à 15h30 pour pouvoir donner accès á tous les fidèles venir proclamer haut et fort leur foi in excelsis deo en les plaisirs divins et ineffables de la bétaitude céleste. Puis à 18h30 c'est enfin la messe solennelle. Suite à quoi la procession des cercueils peut commencer. Le trajet qui compte en tout et pour tout 400 mètres commence dans la salle paroissiale qui jouxte l'église, puis on traverse le parvis. Arrivé à la place du marché, le cortège prend à droite la rue du Cimetière pour arriver au bas des 154 marches qui sont ensuite gravies jusqu'à l'entrée par le fond du cimetière de Kalakata. On traverse alors le cimetière pour se retrouver à nouveau sur le parvis de l'église Saint-Antoine-des-Divins-Plaisirs.

Le cortège funéraire marche en cadence jouant des musiques funèbres. Sur la place des Quatorze chaque fanfare vient se placer devant l'arbre auquel est dédiée sa fanfare. Puis le cortège funéraire se met en branle, chaque fanfare étant précédée de son porte-bannière et de son cerceuil transporté à bout de bras par quatre, cinq voire six porteurs, impeccablement vêtus de costumes noirs et de panamas blancs.

L'ordre du défilé est établi scrupuleusement par tirage au sort (auquel ne participe pas bien entendu la Lyre, à qui revient l'honneur vitam eternam d'ouvrir la procession) de telle manière que ce ne soit pas chaque année le même saint intercesseur qui se retrouve en pole position après la Lyre.
L'ordre est le suivant :
A tout seigneur, tout honneur, charité bien ordonnée ne commençant que par soi-même, en premier vient la fanfare de la Lyre des Quatorze Saints. Depuis plus de 100 ans c'est elle qui donne le la. La Lyre est devenue une institution. Elle ne compte pourtant officiellement que vingt-huit instrumentistes, ni un de plus ni un de moins. Mais entre titulaires et remplaçants on peut dire que l'équipe compte 42 personnes, chacun apportant sa petite pierre à l'édifice.
A en croire les spécialistes, la Lyre des Quatorze Saints est un club très sélect, une fanfare merveilleuse, une petite messe, grandiose et sublime... d'ailleurs ne l'appelez jamais fanfare ni clique ni charanga, ce serait vu comme une insulte, c'est un orchestre d'harmonie ! Qui ne connaît par coeur les noms des intégrants de cette société musicale plus que centenaire ! Leurs noms sont aussi connus que ceux de l'équipe de football :
- à la direction musicale, aux arrangements, à la clarinette, à la clarinette basse et à l'harmonica : le maestro Nestor Cortazar
- au piccolo : Pedro Borges
- à la flûte : Esther Graviola
- à la flûte traversière:
- à la clarinette : Flore de Sainte Rita
- à la clarinette basse : Raphael Marie-Sainte
- à la grosse caisse : Orphélien Tito-Dandy
- à la caisse claire:
- aux percussions : Santiago Castro
- au cor anglais: Alexandre de Rios
- au basson: Idelin Prado
- à l'euphonium si bémol: Emiliana Perez et Cecilia Brandon
- au saxophone baryton : Saint-Clair Lewis
- au saxophone ténor
- à la trompette: Rodrigo Morcego
- au cornet repiano si bémol
- au bugle si bémol:
- au clairon:
- à la flûte en sol:
- au tuba basse en mi bémol
- au tuba contrebasse si bémol
- au saxophone alto : Pepe Santos
- au saxophone ténor: Oswaldo del Carmen
- au trombone basse : Juanito Guimbo
- à la clarinette: Pilar de Morfil
- à la caisse claire : Maximiliano Méry
La programmation  musicale est éclectique mais on n'entend jamais dans cette procession avec clique et majorettes ni Requiem, ni Miserere ni Stabat mater. C'est le rythme qui fait loi, á L'ABRI DE PARASOLS NOIRS ET BLANCS ON DÉFILE JOYEUSEMENT À PAS CADENCÉS. IL FAUT FÊTer LE MORT, C'EST SON DERNIER GRAND BAL. ON ÉVOLUE SELON LES COMMANDEMENTS DU MAÎTRE DE BALLET QUI MUNI DE SON SIFFLET ici les tambours Lá les trompettes....
Même l'orchestre-harmonie de la capitale, l'Orphéon de Saint Blaise ne peut rivaliser malgré ses presque 40 instrumentistes de haut gabarit dans tous les pupitres : son cornet soprano mi bémol, ses 5 premiers cornets, ses 2 cornets repiano si bémol, ses 2 deuxièmes cornets, ses 3 troisièmes cornets, son bugle si bémol, ses 2 saxhorns alto solo mi bémol, son premier alto, son deuxième alto, son premier baryton, ses 2 deuxièmes barytons, son trombone basse, ses 2 premiers trombones, son deuxième trombone, son premier euphonium si bémol, son deuxième euphonium en si bémol, ses deux tubas basses en mi bemol, ses deux tubas contrebasses si bémol et enfin ses trois percussionnistes, luttant tous becs et ongles pour pouvoir porter casquettes et fourragères du brass band, veston droit avec pattes d'épaulettes, pantalon droit en drap bleu marine, gilet blanc à boutons dorés et guêtres blanches le jour de la procession.
Après la procession des quatorze fanfares quatorze fois entre l'église et le cimetière selon l'itinéraire défini de temps immémoriaux c'est l'heure de la Grand-Messe de Requiem. Tout ce beau monde entre à l'église et se presse pour participer à la messe pour le repos des âmes des quatorze pénitents installés dans leurs cercueils. Après l'absoute solennelle de Monseigneur, venu spécialement pour la circonstance, la procession reprend pour une dernière balade entre église et cimetière dans un ordre un peu différent que précédemment.
Viennent d'abord en majesté Saint-Antoine-des-Divins-Plaisirs et saint Léonard de Port-Maurice qui ne sortent de leur écrin que ce jour-là. Puis viennent les quatorze fanfares dédiées chacune à l'un des saints, chaque fanfare étant précédée par son porte-bannière et son cercueil. Suivent alors les choeurs de l'église et les fidèles. Enfin c'est au tour des effigies des Quatorze Saints de quitter l'autel baroque qui leur est dédié dans le choeur latéral droit et sortir en procession de l'église suivies du clergé sacré, du Grand Choeur de la Cathédrale de Station Wolfork, et finalement des autorités de l'archipel. Finalement vient la famille royale de Kalakata accompagnée du Conseil privé et des membres du Parlement de Kalakata.