13.1.10

Rêve d'ignames rouges


Epaminondas Bosco se réveilla en sursaut à la lune de mars. La veille il n'avait pas bu plus que de coûtume, se contentant sur le coup de midi d'un curry de mouton accompagné de bâtons de manioc et de patates douces sans oublier le riz, les haricots rouges, la petite salade et le piment, le tout arrosé de tafia, vin rouge sucré et force bière fraîche. Vers trois heures il n'avait même pas touché aux mangues qu'on lui proposait gentîment et préféré sa petite dose de tafia accompagné là encore de force bière fraîche. Puis il s'était offert une petite glace à l'eau avant de se reposer sur des boulettes de haricots à l'heure de l'angélus le tout en avalant quelques verres de ses deux élixirs préférés bière et tafia. Le soir ce fut une simple soupe, bien fortifiante et regardez ça, il n'avait même pas avalé une eau de café avec un petit morceau de pain beurré comme le lui proposait sa concubine Tereza-Raquel. Il s´était allongé sur le canapé et le voilà maintenant réveillé baigné de sueur se débattant comme un forcené sous un silo d'ignames rouges imaginaires à la Constellation des Pléïades. Rêver d'ignames, et rouges par-dessus tout ça emergeant comme un atoll d'une mer bleu Iemanjá! Que pouvait donc vouloir dire ce rêve-avertissement ? Grâce, malheur, chance ? Il fallait qu'il en eût le coeur net. Qui allait donc pouvoir lui interpréter cela ? On allait lui demander des détails probablement, l'igname portait -il des bourgeons, le tubercule était-il mis en terre, quelle était la teinte exacte de la chose, des tuteurs avaient-ils été mis en place, comment se présentait exactement le plant d'igname, était-il orienté au levant ou au couchant, l'igname était-il apparu enterré, avait-il été trouvé, ou le lui avait-on offert, bref, cela allait barder. Ignames nouveaux ou ignames nouvelles ? Qu'en savait-il, ce n'était pas lui le géniteur !Ce n'était qu'un simple maître barbier spécialiste du coupe-chou, de la pierre d'alun et du blaireau en poils de martre!

13.10.09

La Lamproie, paquebot fantôme


La mer est une affaire d'hommes. Aux femmes la terre et ses sillons boueux et fertiles, aux hommes l'océan et ses fosses insondables. Il en a toujours été ainsi. Qui a jamais connu une femme capitaine de vaisseau ou commandante de frégate, une amirale ?
Non la mer est bien trop sérieuse pour la confier aux femmes, fussent-elles des nymphes ou des sirènes !
Et pourtant ne raconte-on pas sous le manteau, d'un air grave l'épopée de La Lamproie, paquebot fantôme qui erre comme un pélerin en dérade sur sa route de Compostelle sans but entre Wolfork et Bas-du-Bourg, chaque fois qu'un cyclone s'annonce et dont la corne de brume annonce sans qu'aucun doute ne soit permis la présence ensorcelée et majestueuse de celle qu'on appelle dans le pays La Pacha.
On raconte tant de choses sur cette fille du pays, l'une des plus grandes figures de l'archipel des Reliques. Elle serait née sans nombril, on l'aurait retrouvée au pied d'un calvaire à quatre visages dans l'un de ces tonneaux en osier dans lesquels on pêche la lamproie marine. Ce serait la fille aux cheveux de maïs d'un capitaine de corvette...Ce serait une ramasseuse de coquillages qui vivait armée d'un seau et d'un rateau et qui comme la pucelle d'Orléans aurait reçu une injonction divine de l'Eternel, une ratisseuse de sable à la recherche de palourdes, travaillant en fonction des marées, à qui Dieu Tout Puissant aurait enjoint de prendre le commandement de la flotte reliquoise. Parfois elle est qualifiée de pêcheuse de lamproie, métier difficile qui demande beaucoup de sacrifices, tradition familiale de père en fille, tout la lie à ce vertébré primitif qui ne possède ni écaille ni mâchoire mais une énorme bouche en cercle armée de plusieurs rangées de dents cornées, pointues, une énorme bouche-ventouse qui vous suce le sang aussi vite que le plus vicieux des moustiques.
Mais on lui devrait la recette originale de ce vrai régal pour les gourmets avertis qu'est la lamproie à la sauce chien où l'on capture une femelle lamproie prête à frayer, de trois pieds de long et pesant 5 livres. Une fois saignée, débitée en morceaux et cuisinée avec des blancs de poireaux, la bête préhistorique est agrémentée d'une sauce au piment et aux échalotes et petits oignons liée avec le sang du poisson millénaire. La saveur est insaisissable comme une anguille.
On raconte, enfin ce sont les Anciens qui le disent, que ce vaisseau fantôme, serait apparu pour la première fois en 1923, en plein oeil des cyclones. Ceux qui ont vu la chose parlent d'une apparition de corail rouge, pas une barque pas un canot pas un hors-bord mais un paquebot solide tout bonnement, qui passait lá-bas au fond de la rade à la roue libre les bras croisés, quand tout à coup il sembla vouloir jeter l'ancre. On ne voyait ni matelots ni équipage, on n'entendait aucun bruit, seuls les vagissements de la corne de brume, on aurait dit une femme qui accouche de sextuplés, mais pas de sage-femme à l'horizon. Le cyclone disparut comme enchantement, la queue basse. Certains pensèrent instantanément aux lamentins, d'autres évoquèrent magie et sorcellerie. Certains encore virent sortir de la mer des milliers de lamproies avant de se transformer en la lamproie phénoménale, la lamproie primale que l'on baptisa par crainte ou respect La Pacha. Le paquebot fantôme fut baptisé de La Lamproie.

Et l'on prit coutume de faire des offrandes de fleurs rouges à cette déesse d'une nouveau genre car on ne douta pas qu'elle ne fut une représentation syncrétique de sainte Rita.

Le gouverneur alla jusque à publier l'édit suivant, qualifié depuis de l'édit de la Sainte Trinité:

"Avons dit, statué et ordonné, disons, statuons et ordonnons, voulons et nous plaît ce qui en suit. A partir de céans la dénommée La Lamproie, alias sainte Rita, plus connue sous le nom de La Pacha sera considérée comme patrimoine inaliénable, sainte patronne et bienfaitrice des Reliques. A partir de céans toutes Assemblées tenant à proclamer d'autres entités seront considérées comme conventicules illicites et séditieuses et par voie de conséquence sujettes à l'intervention de l'exécuteur de la haute justice, le bourreau. Les contrevenants se verront marqués d'une fleur de lys sur les deux épaules et le jarret."

Sainte Rita, La Pacha et La Lamproie, toutes unies dans la même sainte Trinité féminine, voilà qui était un arc-en-ciel de bon augure pour affronter les embâcles et les débâcles des cyclones les plus imprévisibles.

26.7.09

Sentinelle, oiseau de malheur

Quand la sentinelle, oiseau blanc de malheur, plane au-dessus du volcan Bout du Monde à Part en emettant des cris lugubres qui ressemblent au déchirement d'un tissu, alors tout le monde sait que quelqu'un va passer de vie à trépas. Alors la radio locale commence à donner de la voix et se meurt en suppositions. Qui va nous quitter cette fois-ci, qui va traverser le rideau de fer de la mort ? Les couturières s'affairent et commencent à prévoir leur matériel et fournitures diverses, linceuls blancs et violets, un si la sentinelle n'a émis qu'un de ces cris lugubre, et ainsi de suite en fonction du nombre de piaillements. Si la sentinelle vire sur babord ce sera une femme, si elle vire sur tribord ce sera un homme. Si elle se pose sur un arbre ce sera une jeune fille vierge : alors on apprête en vitesse une robe de mariée et sa couronne de fleurs et son voile assortis. Si elle se pose sur une pierre alors on sait que ce sera un vieillard, alors on découpe un linceul violet et un foulard pour lui attacher la bouche.
Mais si d'aventure l'oiseau de malheur se pose sur le corbillard, si d'aventure elle attaque le corbillard à grands coups de bec, comme si elle voulait déchirer un linceul invisible, alors attention, c'est signe de mort cataleptique. Signe qu'il ne s'agit que d'évanouissement, de perte de conscience et non de mort définitive consacrée. Signe qu'on va enterrer quelqu'un vif.
C'est pour cela que la veillée funèbre est indispensable pour se certifier de la réelle condition de défunt de feu l'individu et il n'est pas rare qu'au lieu de l'enterrement prévu en bonne et due forme on ait droit à une vrai débandade des participants qui croyant escorter dans on dernier voyage un ami, un frère, voit ce dernier surgir des ténèbres de l'ensevelissement et leur dire sans préavis ni ménagement: Tirez moi de là.
Mais parfois l'oiseau dort et ne peut remplir son office et le soi-disant défunt va rejoindre son caveau ou sa tombe dans son cerceuil sur mesure joliment tapissé au dedans et au dehors de violet, de blanc ou de bleu, de frises et de soleil et de lune et d'étoiles.
Et comme l'archipel est un éternel carnaval, la tendance est toujours à un enterrement rapide mais tel ne fut pas le cas de la mort toujours non élucidée de Orphélien Tito-Dandy, fabricant de cercueil de son état, qui fut enterré sans fleurs ni cérémonie sur les deux heures du matin et que l'on dut exhumer, frais et dispos, le lendemain matin à la suite d'un rêve que fit la Veuve Cyclone qui entendit son squelette dans son rêve donner des coups de pieds enragés dans les parois du cerceuil.

Je suis mariée au Feu

Bien aimés,
De nos jours, les prières valent du temps ; beaucoup plus précieux que l’or et le diamant. Vous seriez présentement en train de surmonter de durs moments, mais sachez que le seigneur est prêt à vous bénir sur un chemin, c’est-à-dire dans des situations où lui seul peut vous aider à y garder foi.

Je me présente, je m’appelle Madame ARTEMIA GUIMBO. Je suis mariée au Feu, c'est-à-dire au défunt, mon époux SOLANGE KHAN, vingt-neuvième du nom, de nationalité reliquoise, de mémoire glorieuse et bénie, qui était ingénieur consultant en République des Iles-Unies des Reliques pendant neuf ans. Au bout de six ans de mariage, il mourut après une brève et simple maladie de 4 jours ...

Depuis sa mort, je me débattais aussi dans des maladies comme le cancer du cerveau et le diabète, ce qui m'a poussée à venir me soigner ici à Station Wolfork. Tout récemment, mon docteur m’a dit que je ne survivrais pas au bout des trois prochaines semaines à venir, ceci dû à mon problème de cancer qui me gênait depuis fort
longtemps.
Ayant connu mon état de santé actuelle, ma décision est de faire don, à un organisme de charité, de tout ce que j’ai hérité de mon mari défunt. Dans la crainte de ne pas trouver des personnes de bonnes moralités qui puissent user de cet argent à de bonnes fins, je vous ai choisi parmi ceux que Dieu à voulu bénir et c’est pourquoi j’ai décidé de vous léguer ma fortune de UN MILLION VINGT CINQ MILLE DOLLARS US (1.025.000 US Dollars) avec toute la modestie et la sincérité d’une donatrice.

Le monde est pervers mais grande est la miséricorde de Dieu. J’ai pris cette décision parce que je n’ai pas eu d’enfant avec mon mari qui puisse hériter de cet argent. Je n’ai pas non plus de famille car pour m'être fiancée avec un homme de couleur noire, après la mort de mon époux SOLANGE KHAN, vingt-neuvième du nom, ma famille m'a rejetée pour la simple raison que ces fiançailles étaient contraires aux coutumes de ma famille. Aussi bien je pourrais léguer ma fortune à mon actuel amant, mais ce dernier est tellement mauvais de caractère, tellement mauvais larron, qu’il court un peu partout à droite et à gauche pour avoir mon argent en ce moment alors que je suis encore vivante dans ma situation.
Pour mes autres bien matériels, qui ne sont pas en argent bien sûr, j’en ai fait une bonne distribution. Je suis persuadée qu'après ma mort je serai avec Dieu la plus miséricordieuse et bienfaitrice .
Comme je suis actuellement à l’hôpital, me communiquer avec le monde extérieur ne m’est permis qu'une seule fois par semaine où je peux me déplacer alors j’en profite pour vous envoyer ce message d'appel urgent. Aussi je ne voudrais pas que mon amant toujours à rôder autour de moi comme une mouche enragée à cause de ma fortune soit mis au courant de ce message que je lance comme une bouteille à la mer. Pour ce fait je vous invite à faire preuve de DISCRETION autour de vous.
Aussitôt que je recevrai votre réponse et votre disponibilité confirmée pour recevoir cet argent et l’utiliser honorablement, je vous donnerai le contact de l’institution en république des Iles-Unies des Reliques qui attend mes instructions avant de transférer ce fonds à celui que je leur indiquerai.
Je voudrais que vous sachiez que ce fonds que vous recevrez comme don de la part d’une femme mourante vous en fassiez bon usage, en
l’utilisant pour bénir d’autres pauvres (tel est mon voeu le plus cher
en ce moment)et ainsi vous n’aurez pas de problèmes avec les clauses que
j’ai établies avec mon institution où j’ai déposé l’argent et qui se
chargera de vous transférer discrètement l’argent.
Que la Paix et la miséricorde de Dieu soient avec vous. Ainsisoit-il
Mme ARTEMIA GUIMBO dite Veuve Cyclone

18.5.09

Grand-Ongle

On l'appelait Grand-Ongle à cause de cet ongle démesuré qu'elle portait au petit droit de la main gauche. Et c'est avec ce grand-ongle qu'elle ouvrait les pages de ce quelle appelait la Sainte Relique d'où elle tirait les oraisons pratiquées contre le mauvais oeil, la congestion, le vent et la sorcellerie. C'était la marraine de la Veuve Cyclone et c'est elle qui la première lui vait fait prendre conscience de son don. Un don: elle avait tout fait: matrone accoucheuse, commère guerisseuse et faiseuse de sort, elle dominait les soixante et un pentacles et les sceaux magiques, elle se disait médecin de Dieu mais à 98 ans Joséphina n'y voyait plus grand-chose. Elle confondait notoirement poudre de cochenille et chair de limace, lézards et serpents, poumons de raccoon et intestins de jaguar.Quant aux excréments indispensables comme ceux de cigognes, de paons ou de chèvres, elle n'y voyait goutte, considérant tout comme de l'eau de mille fleurs qu'elle prescrivait en ordonnance. Car avant tout, disait elle, rien ne peut fonctionner si on n'a pas la foi.
Elle faisait se passes, ses impositions de main, ses invocations sur enfants et adultes, g´néraux et soldats, gouverneurs et simples citoyens, elle aimait moins car cela la fatiguait s'occuper de veux, vaches cochons, te laissait volontiers ce gibeir à d'autres, préférant à cela bénir une ferme, une affaire> Elle prenait son rameau de feuillages, ses trois brins de feuillages, les plongeait dans l'eau et attaquait son réponsier de Saint-Antoine pour retrouver l'objet perdu ou volé. Parfois de ses mains pures, prafaosi avec l'iade d'un chapelet ou d'un cpouteau pour couper le sortilège ou d'un simple ruban de tissu, elle s'attaquait aux maladies avec l'iade de Saint Marc et saint André.