20.2.07

Préface aux lecteurs, auditeurs et autres spectateurs de ce blog !



Oyez, oyez, bonnes gens, je me situe dans la veine, le sillon, le sillage du réalisme magique, appelé par d'autres encore avec des nuances réalisme merveilleux. Qui n'a jamais traversé pieds nus la mangrove entre trous de crabes et fourmis coupeuses de feuilles, qui ne s'est jamais faufilé sous les palétuviers et leurs racines en échasses par une nuit saumatre, qui n'a jamais plongé dans le territoire inextricable du verbe ne comprendra jamais ce qu'est le réalisme magico-merveilleux.
J'ai été nourri aux textes-biberons de Julio Cortazar, Maryse Condé, João Guimarães Rosa, Toni Morrison, Edouard Glissant, William Faukner, Marcel Aymé, Alejo Carpentier, José Lezama Lima, Rabelais et abreuvé aux pigments-chopines des Jerôme Bosch, José de Goya, Brueghel, Edvard Munch, James Ensor et d'autres encore. Je me suis imbibé encore enfant des contes et légendes de contrées que je n'ai jamais visitées, de mille et une nuits dans lesquelles le rationalisme et le cartésianisme étaient loin d'être virulents. J'ai vu des hommes enceintes accoucher en plein jour près de leur embarcadère, des mangoustes se transformer en raccoon rouge, des colombes sortir des bouches des vierges, des mamelles coupées donner naissance à des fontaines, des singes vénérables apparaître et se transformer en volcan les nuits de pleine lune ... J'ai vu des flûtes se muer en serpents cycloniques, des bâtons devenir nuages durs et impitoyables... Par la magie du verbe ou était-ce par le pouvoir du réel ? La photo comme la musique sont selon moi avec l'écriture parmi les ressorts les plus puissants du réel. Comme le dit Rolland Barthes (merci Julie pour la citation) "il y a toujours un ça a été dans la photographie". Mais loin de moi l'idée de restreindre le réalisme magique/merveilleux à l'univers délimité entre la chambre claire et la chambre noire. La photo reste pour moi une vision magique du réel car le photographe en est partie prenante. Je ne crois pas à la caméra vérité, au réalisme intrinsèque, formel et définitif prôné par Dziga Vertov. Le peintre, tout comme le musicien, est un griot, un passeur de réel quand bien même toute création est une récréation, donc un jeu dont la solution passe inévitablement par la déperdition d'un idéal incommensurable. Ce sont ces visions juxtaposées de pans de territoire du réel que je voudrais recréer dans cet humble réalisme magique avec lequel je souhaite établir une filiation. Peu importe à la fin que cela soit vrai, en fin de compte, il m'importe que cela soit vraisemblable. Comme dans un dessin animé da Walt Disney, la chute n'est jamais fatale et l'envol est toujours possible.
Ce feuilleton est en éternelle reconstruction, notamment en ce qui concerne les noms de lieux et les noms de personnages. Je ne crois pas beaucoup en la touche finale, peut-être ! Je ne voudrais pas que le lecteur-auditeur-spectateur-voyeur soit dérouté dans son parcours qui, j'ai lieu de l'espérer, ne sera pas linéaire. Certains textes s'apparentent au bloc-notes :livrés bruts, sans façonnage et redemandent à être retravaillés, reciselés comme du marbre de Carrare, remontés. D'autres me semblent arrivés à leur presque quintessence mais le pinceau est toujours proche prêt à rectifier une pose. A vous de savoir votre groin utiliser pour, dans la bouillie celluloïde apparemment difforme que je vous propose, trier le bon grain de l'ivraie (E-vrai ?)