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17.6.12

Le testament du Chevalier Cyclone

Les archives de l'Hôpital des Aliénés de l'Ile de l'Epée conservent comme un joyau inestimable une étude de cas clinique où ont été transcrits les faits et gestes d'un certain Victor-Solange Eternel dit Chevalier Cyclone, alias Eternel XXIX lors de son séjour sur les lieux du 1 juin au 13 juin 1899. Echoué on ne sait comment dans les parages, le forcené de 5 pieds 6 pouces, tout en se vantant par ailleurs d'être encore champion en amour, spadassinait comme sur un théâtre, multipliant feintes, fentes, parades et ripostes, savourant chaque touche dans son duel contre un certaine Mademoiselle la Chevalière dans un état de jubilation et d'hébêtement sans pareille qui lui valut son internement manu militari. Ce ne sont pas moins de sept machettes, plus de cent houes, dix-sept arcs et flêches empoisonnées, trois lance-pierres, trois séries de six bâtons de tout bois et de tout acabit, plusieurs scies, onze marteaux et tant d'autres outils mêlés de perversion et de gracieux supplices raffinés que se targuait d'avoir fabriqués le malpropre admis dans un état de fureur telle que pendant ses crises deux infirmiers suffisent à peine à le maîtriser. Il se débarrasse même du gilet de force  avec les dents, se livre à mille désordres, déchire ses effets, se barbouille de ses excréments et même les mange tout en se disant en outre exceller au maniement du sabre d'abordage et de l'archet, du fleuret et   de l'épée... Ce spécialiste des exercices du corps disait enfin dominer la natation, le patinage, le tir au pistolet et la danse !
Cette étude de cas clinique dite Testament du Chevalier Cyclone comprend 83 aphorismes qui sont ainsi offerts au visiteur et qui sont la seule production littéraire de l'Archipel qui ait dépassé ses frontières. Ils ont été regroupés de façon posthume par la bibliothécaire mademoiselle Amélie Blancart à partir des bégaiements du dénommé Chevalier Cyclone, alias Eternel XXIX, dont le décès dans des circonstances encore inexpliquées le 13 juin 1899 fut qualifié d'ulcère de la vessie.

Nicole se parfume à l'alcool
Anasthase est resté en extase. Nous disons deux fois : Anasthase est resté en extase
Attention elle meurt ravissante et espiègle. Nous disons trois fois.
Baissez donc les paupières
Bercent mon corps satisfait du plaisir
C'est évidemment un porc
Le cacao a les yeux verts, nous disons, le cacao a les yeux verts
De Clémengis la douloureuse image sera vengée. Nous disons deux fois.
Clémentine peut se curer les oreilles
De Charles-Geneviève-Louis à Auguste-André-Thimotée : six amis trouveront qu'elle meurt ce soir. Nous disons : six amis trouveront qu'elle meurt ce soir
De Marie-Eugénie à Marie-Adélaïde : un cerf-volant viendra ce soir
Demain, la mélasse deviendra du tafia
Du homard à la langouste : vous recevrez encore des palourdes ce soir. L'alizé souffle les flambeaux. Nous disons : vous recevrez encore des palourdes ce soir. L'alizé souffle les flambeaux.
Écoute ma fleur qui pleure
Elle est vermine, Jeannie. Nous disons deux fois.
Elle restera sur le dos
Le court-bouillon est dans la russe; nous disons quatre fois
Gabrielle vous envoie ses amitiés
Grand-Mère mange son bonbon chaud
La Mère Jacques n'est pas un piment doux. Nous disons deux fois.
Heureux qui comme Ernestine a fait un long voyage
Il a pleuré de joie
Il a une voix de fausset
Le chirurgien est à jeun au mois de juin
Il est temps de cueillir des piments
Il fait chaud à Valparaiso
Il faut avoir des fa mineur pour trier les adagios
Il n'y a plus de farine dans la fourmilière
Il pleut toujours en enfer
J'aime le boudin bien pimenté
Je n'aime pas le colombo de veau
Je n'aime pas les dombrés Suzette
Je veux être parrain
Jean prend la mouche très facilement
Renée a un bon coup de reins. Nous disons deux fois
La geôle rougit le tournesol
La mangouste a les poils longs
L'éléphant s'est cassé une défense
L'infirme veut courir
L'huile de ricin est une bonne purge
La fortune vient en dormant
Les caquets des belles dames sont  l'espoir du pays
La mort de Vaval est irréparable
La bougresse est jolie
Le cabri saute par dessus la lune
La vertu réduit dans tous les yeux
Le crabe se trouve au milieu du maïs
Le raccoon n'aime pas le vermicelle. Nous disons : Le raccoon n'aime pas le vermicelle
Le lézard a neuf vies
Le chercheur d'or ira à la plage. Nous disons deux fois.
Le cheval de bois se promène sur l'horizon
Le requin est protocolaire. Nous disons trois fois.
Le marchand de sorbet est bon danseur. Nous disons trois fois.
L'écrevisse chantera à minuit
Le soleil s'est endormi
Le grand couillon s'appelle Léon
Le chirurgien est un poisson
Le père Guillaume Tout Coeur est verni
Le semen contra est amer, je répète, le semen contra est amer
Le soleil se lève à l'Est le mardi-gras
Les haricots rouges sont cuits
Les grains de dés sont sur le sable
Les cannes sont en fleurs
Les ortolans ne portent pas de chapelet
Les pistaches sont bien grillées
Les sanglots longs des giraumons à l'automne
Le sel embrase la mer. Nous disons : Le sel embrase la mer
Arlette va bien
Edmond a deux cochons bien gras
Ma maîtresse a l'oeil vif
Message très important pour Samuel : Le trigonocéphale ne se déride pas. Attendez deux dames-jeannes et des amis sur le bonbon. Nous disons : Le trigonocéphale ne se déride pas. Attendez deux dames-jeannes et des amis sur le bonbon.
Messieurs faites vos oeufs
Hugo et Raphaël sont immortels
Paul a du bon tafia
Pierrot ressemble à son grand-père
Rien ne m'est plus
Saint Coeur du Matin fonda Kalakata
Tambours, battez la charge, quatre fois. Nous disons : Tambours, battez la charge, quatre fois
Tante Amélie fait de la confiture de fruit à pain
Tu monteras le cocotier deux fois
Une poule sur un mur picore du manioc
Véronique était une fille-garçon
Yvette aime les grosses quénettes

4.5.09

Petite histoire résumée des Reliques

Zoulous est une île de la Capharnaüm antique, localisée dans le nord de la Mer d'Entre-Deux-Morts, à environ quatre cents kilomètres au nord-est de Station Worlfork. Le nom actuel du site est Kilombo . Celui-ci a été fouillé entre 1973 et 1989 par une équipe archéologique reliquoise, de l’université de Station Wolfork, dirigée par Bélisaire Schrubb. Les plus anciens niveaux archéologiques identifiés remontent au Dynastique archaïque (début du IIIe millénaire av. J.‑C.). D’autres niveaux remontant à l’époque de Diarrhée ont été dégagés. Kalakata est une ville qui prend de l’importance à la période de la troisième dynastie de Vaval.

La première dynastie de Zoulous



Quand l’empire de Vaval III s’effondre à la fin du XXIe siècle av. J.‑C., le gouverneur de Zoulous, Sikakoko, trahit le roi Yin-Yin de Vaval, et se rend indépendant. Il réussit à écarter l’armée des Iles Grasses qui détruit Vaval en 2004, et parvient à reprendre cette île plus tard, ce qui lui permit de se revendiquer comme l’héritier de la dynastie précédente, tout en conservant Zoulous comme capitale. Son successeur Von-Von se réconcilie avec les îles Grasses, et parvient à récupérer la statue du grand dieu Momon de Vaval, dérobée lors de la guerre qui avait abouti au pillage de cette ville. Le règne de son successeur Popote est très peu connu, à la différence du suivant, celui d'Ylang-Ylang, qui marque l’apogée de Zoulous. A sa mort, la situation de Zoulous commence à devenir difficile avec l’émergence de la dynastie de Macondo, dont le roi Gombo réussit à reprendre Vaval, l'En-Dehors et Masques (soit le sud de l'Archipel des Reliques) à son rival Dacalor de Zoulous (connu par un code de lois qu’il a fait formuler). Zicaque de Zoulous meurt, tué au cours d’un conflit contre Macondo, mais son successeur Khan-Khan redresse temporairement la situation en battant son rival macondonien, Bélisaire, qui finit pourtant par remporter plusieurs victoires lui permettant de soustraire Vaval à la domination de Zoulous, puis finalement Kalakata, la ville sainte de l'Archipel des Reliques, ce qui fut une catastrophe du point de vue symbolique pour Zoulous. La suite de l’histoire de Zoulous à cette période est celle de son déclin accéléré.
Le début de la période paléo-dérébénale, dite parfois « période de Zoulous-Macondo », fut la période la plus florissante de l’histoire de Zoulous. Ses scribes reprirent la continuité de la tradition de Vaval III, comme l’attestent les inscriptions royales, hymnes, textes littéraires, textes relatifs au Mariage sacré retrouvés dans cette ville, et surtout à Kalakata durant la période où elle était soumise à Zoulous. Les souverains de la ville gardent d'ailleurs la titulature de « rois de Vaval» jusqu'à Darbury.
Si le temple de Kalalou n’a livré aucun niveau pour cette période, on a en revanche dégagé une partie d’un quartier d’habitation.
Des textes économiques datant des règnes de Yin-Yin et de Von-Von ont également été retrouvés dans cette cité, en grande partie lors de fouilles clandestines. Ils concernent les activités artisanales menées dans le cadre d'un grand organisme, sans doute le palais. On y voit des travailleurs de différentes spécialités (charpentiers, vanniers, mégissiers, etc.), regroupés en équipes de 9 à 18, dirigées par un chef. Cette organisation est proche de celle du système mis en place par l'administration de Vaval III.

La fin du royaume de Zoulous I

Le roi de Dérébénale Gwofal (1813-1793) dans la quatorzième année de son règne, attaque la ville de Macondo, puis, trois ans plus tard, Zoulous où régnait Tikal (1817 ou 1816-1794), mais il laisse le roi sur son trône comme vassal. À la mort de Gwofal en -1793, le roi de Macondo, Gligli Ier (1823-1763), met la main sur Zoulous et annexe ce royaume au sien.
Gligli Ier ne garde le contrôle de Zoulous que quelques années, il est battu en -1787 par le nouveau roi de Dérébénale, Totoblo (1793-1750) qui prend l'île et Gligli part se réfugier à Macondo qu'il perdra aussi face à Totoblo en -1763. Sous le règne du fils et successeur de Totoblo, Blogodo, l’ancien pays des Reliques, avec Zoulous et Karuk en tête, se révolte contre la domination dérérénale. Cette rébellion est menée par un personnage qui se proclame roi de Macondo sous le nom de Gligli II (1741-1736) mais il est rapidement vaincu. Après cet épisode, les villes de l’extrême Sud Capharnaüm sont abandonnées, leurs habitants migrant plus au Nord. Ce fut le cas de Zoulous, dont une partie de la population se retrouva apparemment à l'Epée, où le culte de Kalalou fut transporté.

Époque médio-dérébénale

Zoulous est réoccupée vers le milieu du IIe millénaire av. J.‑C.. C’est de cette période que datent les premiers niveaux connus du monument principal de la ville, le temple de sa déesse tutélaire, Kalalou. Il fut restauré par les rois fainéants Kimbwa et Kolombo II. Au nord-est du temple, on a retrouvé 33 tombes de crabes, l’animal-symbole de Kalalou, accompagnés d’un riche mobilier. Après la défaite de la dynastie fainéante de Dérébénale face aux îles Grasses en 1155, le flambeau de la résistance dérébénale fut repris par des rois qui sont originaires de Zoulous, puisque la dynastie qu’ils fondent porte le nom de seconde dynastie de Zoulous. Mais quand le roi Ochan reprend Dérébénale, il s’y installe, délaissant Zoulous. Le roi le plus célèbre de cette dynastie est Dinozor Ier, qui défait les îles Grasses dans leur pays même, avant d’inaugurer une série de conflits contre la Bancalie, qui aboutiront finalement à la prise de Dérébénale par le roi bancale Manioc Ier. Après le règne de Timal, qui restaure le temple de Kalalou, les rois de Zoulous II subissent les assauts des tribus grandeterriennes et basseterriennes qui pillent leur royaume. Cette dynastie s’éteint dans ces troubles après la mort de Fanfaron en 1027.

Premier millénaire

L'île de Zoulous est encore habitée dans la première moitié du Ier millénaire, bien que n’occupant aucune position politique notable, en dehors de celle de centre provincial dans les royaumes qui dominent successivement la région à cette période : dérébénale, bancale, à nouveau dérébénale, puis foutépamale. C’est de cette dernière période que datent les niveaux les plus récents explorés à Zoulous, le quartier résidentiel de l’époque paléo-dérébénale étant en effet réoccupé du XI au V siècle av. J.‑C. L'île doit donc être abandonnée dans le courant de la période foutépamale ou plus tard sous les Imputrescibles.

28.3.07

La Révolution des Crabes et la Deuxième Monarchie de Kalakata



La Deuxième Monarchie de Kalakata a toujours eu une mauvaise réputation. Né des émeutes dites de la Révolution des Crabes, le régime de Charlotte-Zoulou III sera très souvent critiqué voire tourné en dérision par la nomenclature installée de la République des Iles-Unies des Reliques, les écrivains et les caricaturistes de l'époque car comment un Royaume digne de ce nom peut-il accepter d'avoir un ara bleu cobalt comme Prince-Régent. Cette mauvaise réputation est due aussi au système électoral en vigueur qui réserve le pouvoir à une petite minorité de soi-disants descendants du prophète Jean-Zoulou XXIX , désormais qualifiés de nobles aristocrates, et au refus de la dite aristocratie d'accorder aux autres habitants de Kalakata, les dénommés roturiers, le suffrage universel.

La Révolution des Crabes tient son origine des difficultés éprouvées par les habitants de Kalakata de se procurer du crabe de cimetière à l'approche de Pâques. Or sans crabes de cimetière comment fêter le jour de Pâques décemment ?
La grogne enflait car cette même année-lá une grande partie des habitants de Kalakata avait dû quitter l'île de l'Epée et ses plantations de palmier à huile, suite à une attaque en règle des cultures par la Pourriture du Coeur qui avait ravagé l'île. Certains avaient repoint l'île aux Zoulous et s'y étaient installés mais 506 d'entre eux s'étaient regroupés dans les hauteurs de Bout du Monde à Part, autour du cimetière car la proximité de ce volcan inactif n'attirait plus que les damnés de la terre, ceux qui n'avaient plus que leur foi en leur prophète pour survivre. Cet évènement entra dans la légende sous le nom de "La Grande Mutation de Zoulou".

Profitant du désespoir des habitants, une certaine Immaculata Luzinda Temporã, qui se déclarait fille cadette de Jean-Zoulou XXIX, décapité une vingtaine d'années auparavant par les troupes de Macondo, prit la tête des revendications avec l'aide du Prince Régent Ismaël.
Une délégation de 506 personnes prit la mer. Quarante-cinq minutes après, au bout de neuf kilomètres de traversée ils arrivèrent à Extra-Muros sur l'Ile aux Zoulous dans la mangrove de Saint-Hyacinthe où à défaut de bon crabe des cimetières, à la graisse délicatement parfumée, ils pensaient pouvoir ramener dans leurs foyers leurs 506 paniers de crabes des palétuviers, voire des ciriques de rivière !
Mais les pécheurs d'Extra-Muros ne l'entendaient pas de cette oreille. Voyant devant eux les anciens habitants de l'Epée ils commencèrent leurs railleries habituelles:

- C'est bien connu, ceux de L'Epée aiment bien siroter le rhum et la bière. Il arrive même que certains ne vont même plus à la pêche pour pouvoir rester siroter tranquillement leur venin.
Les femmes décident alors d'aller voir le curé pour sermonner ces messieurs.
Tous les hommes sont convoqués à la messe du dimanche et le curé attaque son sermon. Pour bien marquer les esprits et leur faire prendre conscience des dangers de l'alcool il mise alors sur le choc emotionnel.

- Chers paroissiens, voici deux verres, l'un rempli de rhum, et l'autre rempli d'eau.

Le curé prend alors un ver de terre et le lâche dans le verre de rhum. Le ver se tortille comme il peut et finit par rendre l'âme. Il prend alors un autre ver de terre qu'il lâche dans le verre d'eau. Et là le ver nage allègrement dans l'eau tout frétillant, plus heureux qu'Ulysse ayant fait un bon voyage .

Le curé s'exclame alors: - Qui peut me donner la morale de cette expérience?

L'assemblée reste de marbre, quoique choquée par l'expérience du ver qui est mort par le rhum. C'est alors qu'un homme sort du fond de l'église et dit:

"Mon Père, si j'ai bien compris, ce que vous voulez qu'on comprenne c'est que le rhum tue les vers, alors dans ce cas il ne faut surtout pas qu'on arrête d'en boire !

On s'échangea des quolibets, puis des quolibets on passa aux bons coups de pieds et coups de poings. Mais la dérision continuait de plus belle :

- Ceux de L'Epée, agacés d'être toujours pris pour cible par les autres habitants des Reliques décidèrent un jour de se réunir en Congrès Extraordinaire sur un coin de plage à l'abri des cocotiers.

- Nous n'acceptons plus d'être tournés en dérision ! fit Untel

- J'ai un projet! dit un autre Tel qui songeait probablement aux élections législatives qui pointaient à l'horizon. Ecoutez-moi, écoutez-moi bien ! Les Américains sont respectés partout dans le monde. Ils ont marché sur la lune. Un petit pas pour l'homme, un grand pas pour l'humanité ! Moi je propose que ceux de Kalakata marchent sur le soleil. C'est ainsi, et seulement ainsi, que Kalakata sera respectée et reconnue partout où elle mettra les pieds dans le monde.

Le Congrès Extraordinaire applaudit extraordinairement à l'annonce de ce projet. Ils ne seraient plus la risée des Reliques !

C'est alors qu'un vieux sage rétorqua aux congressistes :
- Mais messieurs comment on va faire ? Sur le soleil, là-haut il fait chaud. Il n'y a pas d'ombre pour poser ni hamac ni rocking chair. Comment on va faire pour faire la sieste ? Il y a beaucoup trop de lumière ! Comment on va faire ?
- Mais toi, papa, tu es vraiment de L'Epée, toi ! Qui t'a dit que nous irions de jour? Nous irons de nuit !

Les rires fusaient de tous les côtés mais les coups pleuvaient de la même façon. Et avant que quelques sabres et autres coutelas ne surgissent et n'ensanglantent cette franche partie de rigolade que les historiens appelleraient désormais la Révolution des Crabes, la maréchaussée, prévenue par on ne sait quel saint intercesseur, tenta de s'interposer entre les protagonistes. Certains auraient bien voulu régler leur compte une fois pour toutes à ceux de Kalakata mais devant la détermination des 506 descendants de Jean-Zoulou XXIX qui n'entendaient pas revenir un Vendredi-Saint la queue entre les jambes à Kalakata, et qui commençaient à parler de Deuxième Monarchie de Kalakata, de vengeance et de sédition irrémédiable on dut laisser faire et la délagation repartit tranquillement vers Kalakata.
Le mercredi 13 mars 1918, jour des vingt ans d'Immaculata, après plus de vingt ans de Gérence par le Prince-Régent Ismaël, la Deuxième Monarchie de Kalakata était proclamée, un ébauche de Constitution était rédigée et Immaculata devenait Reine de Kalakata sous le nom de Charlotte-Zoulou III.
Le lendemain le drapeau du Royaume de Kalakata flottait dans les hauteurs du Bout du Monde à part avec ses sept crabes de cimetière au garde-à-vous !


La révolution des crabes
Les Pachycrabsus Marmoratus, ou crabes dépressifs sont carrés et ne peuvent pas tourner. Un film d'animation 3d en noir et blanc primé à Annecy en 2004.

22.3.07

Rites de deuil à Kalakata

James Ensor : Le Banquet, 1915
A la mort de Sa Majesté Joachim-Zoulou IV son fils aîné Joachim-Edouard, Prince Héritier, prit sa succession et devint Joachim-Zoulou V. Le couronnement malheureusement dut attendre l'observance d'une période protocolaire de deuil d'un mois.
Pendant les 10 premiers jours de deuil les édits royaux invitérent tous les membres de la famille royale à ne pas se laver et à ne pratiquer aucune activité sexuelle que ce soit. Le reste du mois il fut interdit d'écouter de la musique trop fort et les night-clubs furent fermés.
Toute la population dut se vêtir de noir.
Leurs Altesses Royales la Princesse Salomé-Ursula, fille cadette du défunt Roi, la Princesse Héritière Charlotte-Zoulou, fille aînée du Roi, la Princesse Elvira-Zoulou et la princesse consort Joaquina se réunirent sur leur résidence d'été sur l'île proche de l'Epée pour consoler la Reine-Douairière, Marie-Thérèse Zoulou.

29.1.07

Sur les flancs du Bout du Monde à Part




Le Royaume de Kalakata, sur l'île de Kalakata autrefois baptisée Quatorze-Saints, est dominé par le Bout du Monde à Part, un volcan inactif qui culmine à 506 mètres dans l'archipel des Reliques.
Kalakata est un paradis béni des cieux puisqu'il a reçu en quelques siècles la visite des Quatorze Saints Intercesseurs, celle du Singe Vénérable et celle du prophète Jean Zoulou XXIX. C'est encore sous ce triple patronage auquel il faut ajouter celui de saint Antoine-des-Divins-Plaisirs qu'a lieu la Treizaine de l'Indicible du premier au 13 juin.
L'île royale de Kalakata se présente comme une oasis tranquille la journée avec son cimetière communal, le cimetière de Kalakata, auquel on accède au bout de 154 marches de marbre blanc importé de Carrare et où reposent, selon les dires de certaines, les attributs du prophète mystique Jean-Zoulou XXIX. Face au cimetière : l'Eglise Saint-Antoine-des-Divins-Plaisirs. Entre l'Eglise et le Cimetière : le bar Chez Boniface, la chapelle majuscule de Kalakata. Un peu en retrait près de la Fontaine au Singe la place du marché.
Depuis ce fameux cyclone de septembre 1917 qui a fait fuir vers Zoulous et Kalakata les habitants de l'Epée, peintres, photographes, sculpteurs, acteurs, intellectuels, artistes et artisans de tout acabit hantent comme des chauves-souris folles les ruelles étroites de ce Royaume aux terrasses tournantes, frises, doubles portes et toitures à quatre pans, sous la houlette emblématique d' Artémia Guimbo.

17.7.06

Kalakata, île privilégiée du Ciel

Kalakata est un lieu privilégié du Ciel. Ce petit coin de paradis situé au Nord-Ouest de l'Archipel des Reliques, à 9 km au nord de l'île aux aux Zoulous, est dominé par le volcan Bout du Monde à Part. Cette île minuscule peut en effet se glorifier d'avoir eu à un siècle et demi d'intervalle la visite des Quatorze Saints Intercesseurs en 1519, celle de Singe Vénérable en 1660. Plus récemment, à la fin du XIXème siècle le passage du prophète mystique Jean Zoulou XXIX a particulièrement marqué les esprits.
Le 15 septembre 1519, les Quatorze Saints Intercesseurs apparaissent à un pécheur de Kalakata, Edmond, fils de Zébédée, sur les pentes du volcan du Bout du Monde à Part. Ils demandent qu'on leur bâtisse sur ce lieu même une chapelle sous le vocable des Quatorze Saints Intercesseurs et qu'on y vienne en procession pour y recevoir les dons qu'ils veulent y répandre.
Le plus célèbre de ces dons fut la naissance du futur Joachim-Zoulou IV le 4 juillet 1918, à la suite de trois treizaines de prières dont l'une aux Quatorze Saints Intercesseurs et l'autre à Saint-Antoine-des-Divins-Plaisirs, faites par la Reine Charlotte-Zoulou III qui, mariée avec le Prince Consort Séraphin, voulait à tout prix concevoir un fils. L'intercession conjointe des Quatorze Saints et de Saint-Antoine-des-Divins-Plaisirs permit heureusement à la grossesse d'aboutir comme elle le désirait.
Le 15 septembre 1947, le jeune roi Joachim-Zoulou IV vint lui-même sur le Bout du Monde à Part rendre grâces pour sa naissance, puis il continua son voyage pour aller célébrer à Station Wolfork son mariage avec la fille du Président des Reliques le 20 septembre 1947.
Mais trois siècles auparavant, le Ciel avait déjà visité Kalakata.
En pleins flancs encore du volcan du Bout du Monde à Part, le 15 septembre 1660, un jeune berger, Michaud, faisait paître ses cabris par une intense chaleur. Epuisé de soif il s'allongea sur le sol brûlant et voici qu'un singe d'imposante stature se tint soudain là près de lui et lui indiqua un cocotier en disant :
"Je suis le Singe Vénérable, enlève-le et tu boiras".
Le cocotier était énorme, les racines allaient au moins jusqu'à la mer. Plus tard huit hommes pourront à peine le déraciner. Michaud crut à une plaisanterie mais le "singe vénérable ", comme disent les récits de l'époque, réitéra l'ordre. Michaud obéit, déracina sans peine le cocotier et découvrit une eau fraîche qui commençait à ruisseler. Il but avec avidité, il but tout son saoul mais quand il se releva il était seul et le cocotier était encore en place, bien enraciné dans sa gangue de terre volcanique. Ce qui allait devenir la Fontaine au Singe coulait paisiblement...
Michaud ne douta pas de la réalité du fait, les habitants de Kalakata non plus. Avec une extraordinaire rapidité la nouvelle se répandit comme une trainée de poudre : les pélerins se rendirent à la Fontaine au Singe de tous les endroits de l'archipel des Reliques et des pays environnants, des infirmes et des malades de toutes sortes dont la plupart s'en retournérent guéris ou bien consolés de leurs infirmités. Les rassemblements furent considérables et après la construction immédiate d'un oratoire sur le lieu même de l'apparition, une chapelle plus vaste fut consacrée en 1663, celle que nous voyons aujourd'hui avec sa poutre de gloire portant le texte du prophète Isaïe si évocateur en ce lieu : "Venez puiser avec joie aux sources du Singe" ("Haurietis aquas in gaudio de fontibus Simies") .
Cette chapelle fut confiée aux Frères tertiaires de Saint François. Dans la solitude des flancs du Bout du Monde à Part, ils édifièrent dans le choeur latéral droit de l'église un autel baroque dédié aux 14 saints.
A la fin du dix-neuvième siècle le prophète mystique Jean-Zoulou XXIX déclare Kalakata île sainte et proclame la Première Monarchie de Kalakata ce qui déclenche la guerre de Kalakata.
Vingt ans après c'est la Révolution des Crabes et la Proclamation de la Seconde Monarchie de Kalakata. Chapelle et couvent durent être abandonnés puis reconstruits. L'église Saint-Antoine-des-Divins-Plaisirs servit même de prison et est jusqu'à ce jour entretenue avec soin par le curé et les paroissiens tandis que la Fontaine au Singe est encore alimentée en eau dite bénite.
13 jours par an, la chapelle est ouverte à la dévotion des fidèles et, toujours, lors de la Treizaine à Saint-Antoine-des-Divins-Plaisirs, on y vient de tout l'Archipel honorer dans un syncrétisme admirable les Quatorze Saints, le Singe Vénérable et Jean Zoulou XXIX. La Procession des Cercueils qui termine la treizaine chaque année le 13 juin est aussi l'occasion d'une procession endiablée où bombance rime avec pénitence !
Le même jour on commémore la mort de Jean-Zoulou XXIX par un pélerinage festif en bateau entre Extra-Muros, sur l'île aux Zoulous et les hauteurs du Bout du Monde à Part.

19.4.06

Kalakata : l'ile du prophète Jean-Zoulou XXIX


KALAKATA, l'île où se déroule l'intrigue de "Le bal d'entre-deux-morts ou les très riches heures du temps ordinaire", est située au nord-est de l'Archipel des Reliques dans la Mer d'Entre-Deux-Morts . C'est dans cette mer, maternité de l'éternité, qu'elle vit avalée, rejetée et bercée entre le roulis et le va-et-vient incessant des lames entre l'Autre Bord, l'En-Dehors et Macondo.
Kalakata c'est comme un bout du bout du monde mais pas LE bout du monde car le monde n'est qu'une succession de maigres bouts qui mis côte à côte ne forment là encore qu'un autre maigre bout. Mais alors vous me dites un concentré de monde , comme on a un concentré de tomates ou du lait concentré sucré. On dirait en portugais du Brésil pour paraphraser le "leite condensado" un monde condensé. Dans condensé il y a danse, ce qui explique qu'une fois ouvert on ne peut maintenir ce monde "momesco" dans le réfrigérateur.
Monde "momesque", monde à la Roi Momon, monde à la Vaval où un jour dans les hauteurs du Bout du Monde à Part s'est éteint le prophète Jean-Zoulou XXIX. Un monde infiniment momesque auquel vous refusez de tendre les clés. Pourtant sachez-le, le maître des lieux s'appelle Momon, le Roi Momon, dit Vaval pour les intimes, et il ne vous rendra vos clés non pas le mercredi des cendres mais le ...(patientez vous le saurez bien un jour)...

18.4.06

Le Bal d'Entre-Deux-Morts : chapitre 1




Chapitre 1



Ô Gloria, mais figurez-vous que ce mardi de juin-là, premier jour de la Treizaine à Saint-Antoine-des-Divins-Plaisirs, fulgurante treizaine qui défraierait la chronique et resterait à jamais marquée au fer rouge fuchsia de la passion dans la mémoire collective des Reliques, Artémia Guimbo avait fermé comme chaque mardi après-midi boutique sur le marché pour sacrifier à ce qu'elle appelait pudiquement la cérémonie. Et quiconque, mâle ou femelle, eût souhaité se procurer ses plantes médicinales et liturgiques, ses bains de nettoyage ou ses protections, ou encore l'une de ses 2216 recettes secrètes et définitives pour résoudre problèmes de peau, impuissance, manque d'argent, cauchemars, simple fièvre, diarrhée, problèmes consécutifs à un accouchement, quiconque sans exception, aurait pu faire des pieds et des mains en vain.
Feuilles, écorces, fruits, graines, fleurs ou racines de gros thym, balai doux, menthe glaciale, pierre d'alun, cordyline et buis de chine devraient attendre un autre soleil. Comme tous les mardis, en début d'après-midi, pas d'audience publique, pas de consultation privée : il n’y avait urgence, asthme, morsure de serpent, verrue, cataracte, colique, anémie, bronchite, érysipèle, désenvoûtement qui tienne ! Madame était en cérémonie, point final, bâton de maréchal !
Et quelle cérémonie, tenez vous bien ! La cérémonie rituelle, ancestrale et hebdomadaire de la coiffure, ma chère !
Voilà en peu de mots la chose : c’est sa demi-sœur, Pilar de Morfil, dite Mayotte, souveraine en son domaine, coiffeuse-esthéticienne et pédicure, qui délaissant chaque mardi à l'heure de la sieste sa clientèle, remplissait le rôle d’officiante chargée de dompter la chevelure de corail de la guérisseuse plus en dérobade qu’un cheval fou, de lui faire entendre un semblant de foi, sinon de raison. Il fallait en outre se muer en deux temps trois mouvements en manucure-pédicure de haute volée, traquant peaux mortes, envies, ongles incarnés.
Il faut dire que les cheveux cactus coiffés à la diable d’Artémia étaient d’une espèce de corail rouge revêche, espiègle et taquin, d’un royaume reculé au fin fond d’une brousse des bas-fonds non encore explorée par Linné et Von Humboldt, une race de corail démoniaque, dur, dur, dur, raide, raide, raide, comme celui de Sri Lanka, crêpé dans sa gousse de pygmée rebelle et résistant comme un cyste recroquevillé qui aurait loupé sa mue et attendrait les trompettes de la résurrection par l’entremise d’une huile de carapate ; une soie grège, primitive, sauvage et ombrageuse, pas pour le moins du monde artificielle, mais bel et bien made in Kalakata, archipel des Reliques. L’animal, qui se cabrait jadis à la moindre tentative de caresse de peigne ou de démêlage de brosse, n’avait pu résister, pour coriace qu’il fût, aux soins zélés qu'on lui prodiguait, mardi après mardi, à Mayotte Coiffures.
La racine capillaire rebelle de la pasionaria, jadis rêche et grainée, s'était au fil du temps amadouée et assouplie considérablement mais il fallait toujours et encore mener la chasse impitoyable à un bataillon de cheveux blancs indésirables qui persistaient à trôner sur elle au garde-à-vous comme un pied de coton dans son jardin caraïbe. Bêchage compétent, arrosage au goutte à goutte, palissage et coloriage obstiné, débroussaillage consciencieux, engraissage puis hydratage hebdomadaire, multiplication par semis, par greffage, bouturage, marcottage, œilletonnage et drageonnage sérieux, sérieux, découennage manu militari et sarclage patient: toute cette panoplie avait extrait la chevelure particulière d'Artémia de la caste des intouchables à la paille de fer pour la faire accéder à celle moins endolorie de paille oscillant entre christophines et maïs. Mais la lutte n’en continuait pas moins farouche, semaine après semaine, on ne pouvait pas tomber la garde : il fallait dans ce fauteuil à bascule du salon de coiffure de Mayotte bourrer la terre, bêcher la tête, bourrer la tête, bêcher la terre après adjonction de fumier et mise en jachère, et rien ne permettait de croire que cette cérémonie cesserait par une belle matinée de printemps et que l’oeuf dormant du cheveu d'or se réveillerait de sa gangue comme par enchantement. Selon toutes les apparences la messe basse se reproduirait vitam eternam. Mais le résultat valait tous les efforts, toutes les souffrances car en dépit des disgrâces, en dépit des déveines, le mardi en fin d'après-midi, le mardi après la cérémonie... Aïe, aïe, aïe ! Magie de la coiffure ! Artémia, c'était Dorothy Lamour réincarnée !
Sur le chemin de l’église où elle se rendrait tout à l'heure toute coquette à l'heure des vêpres pour rendre grâce à Saint-Antoine-des-Divins-Plaisirs et faire son Chemin de la Croix hebdomadaire, pas même une Flore de Sainte Rita, la femme prototype des Reliques, la femelle aromate dévote tout comme elle de Saint-Antoine-des-Divins-Plaisirs, dont la chair d’orphie iodée à maturité et les arêtes vertes faisaient l’objet de toutes les convoitises les autres six jours de la semaine, pas même la belle et voluptueuse Flore, la femme-sirop, la reine du quadrille, vous entendez, toute panthère rebondie et ensorcelante qu’elle l’était, avec ses mains finement ciselées, pleines de bagues de respect et de veuvage, ne pourrait rivaliser tout à l'heure avec Artémia transfigurée par sa chevelure, que dis-je ! sa crinière qui prendrait tout à coup l’allure, purement et simplement, ladies and gentlemen, d’un halo de mousseline et de formol ! Ah, il faudrait voir les yeux languissants de Chimène de la dulcinée qui feraient constamment la roue au secret profond des lunettes noires, la bouche de biche exubérante en forme de trompe à six stylets qui flatterait le regard même lorsqu’elle n’esquisserait pas son sourire écorché de perpétuelle jouvencelle effarouchée à ne bousculer sous aucun prétexte ! Et puis l’odeur de sa peau qui oscillerait selon le vent dominant de chaque ruelle entre le corossol, le coing et la jaque dure ! Par pure coquetterie sans doute, le mardi, elle ne portait sur elle que du bleu marine! Ou était-ce signe de ménopause ou de diapause ? Ah, ce jour-là il ne manquerait pas de volontaires, de coqs de combat, de colosses, de molosses, de malabars de toutes les qualités de cirage pris soudainement de chair de poule pour revendiquer la prise de possession et planter leurs drapeaux au bon creux de ses formes. Ils seraient tout à coup pléthore à vouloir goûter de ce tatou quand il entrait en incandescence, à lui proposer jusqu’aux liens sacrés et inaltérables du mariage coutumier et son cortège de falbalas. Mais en ce qui la concernait, elle, la sempiternelle déesse vierge du mardi, aussi faste et de bon augure fût-il, aucun prétendant ne répondrait aux paramètres qu’elle s’était fixé. (Et pourtant il aurait suffi que leurs noms soient articulés près du voile du palais pour les rendre au moins déjà présentables, à défaut d’être désirables à ses yeux ! Était-ce trop demander ? Et elle ne pressentait dans le hénissement lascif ni de X, ni de Y, le b a ba du parfait mustang, l’aplomb, l’ample, la gamme nécessaires pour lui proposer le maître-autel ne serait-ce qu’après avoir effectué un strict minimum de sept des quatorze stations requises du steeple-chase de la Passion).
D’ailleurs, d’aussi loin qu’elle se souvînt, elle n’avait jamais elle-même pour d’obscures raisons répondu présente qu’au nom d’artiste d'Artémia Guimbo. Quant à son nom de baptême, Saint-Ange Victoria Guimbo, pourtant enregistré en bonne et due forme sur les registres de la paroisse Saint-Antoine-des-Divins-Plaisirs et par la grâce duquel elle était devenue morte au péché, elle feignait d’en ignorer l’appellation contrôlée. Et si par hasard un forcené, un malappris, un misérable, un apprenti myrmécologue en mal de femelle hématophage, voulant à tout prix savoir ce qui se passe dans le boudin des fourmis rouges, s’enquérait des raisons de la mise en disgrâce du label originel, elle lui rétorquerait du tac au tac, après juste un demi-soupir, en montant sur ses grands chevaux tressés:
- Cavaliers aux Dames ! Peu importe au nombril qu’il soit baptisé omphalos ou lombric, enduit de bleu de méthylène ou de teinture d’arnica. L’important c’est que le nom brille.