Cela faisait douze ans depuis son veuvage, depuis la disparition prématurée de son époux, parti trop jeune à l'âge de 36 ans, victime d'un cyclone. Mais en bonne dévote de l'Indicible, patron des cas désespérées, jamais Artémia Guimbo ne perdit vraiment patience. Alors que certains se contentaient de treizaines de 13 jours (optant même de réduire la treizaine en neuvaine) et que d'autres allaient jusqu'à prier treize mardis de suite, Artémia pensait que prier pendant treize mois d'affilée le saint patron n'était pas digne de sa cause qui était désespérée parmi les désespérées. Elle avait donc fait la promesse à l'Indicible de fermer son coeur à l'amour de soi, l'amour privatus, pour ne plus se consacrer qu'à l'amour jumeau, l'amour du prochain et l'amour de Dieu. Elle s'était retranchée dans sa béatitude et s'il ne s'était agi de ses filles elle y aurait terminé ses jours. Ces dernières qui grandissaient comme des fleurs à son image ne voyaient pas d'un bon oeil leur mère à la maturité glorieuse se confiner dans le pain rassis d'une vie certes captivante de professeur d'art floral, capable de vous égréner comme des litanies au bas mot 68 recettes de bouillons de feuillages mais incapable de répondre au désir ardent de ceux qui voulaient l'apprivoiser. 13 ans de ce régime sans feu et sans maïs arrivaient à leur échéance et Artémia était tout feu tout flamme, attentive aux mille manifestations du saint, cherchant à lire en tout phénomène des présages.
Dans treize jours c'en serait fini de cette vie de carème ... dans treize jours retentirait l'ego conjugo vos in matrimonio de monsieur l'abbé.... dans treize jours elle pourrait elle aussi défiler aux bras de son mustang...dans treize jours elle crèverait tendrement l'oeil au noirs oiseaux de malheur pour qu'ils lui chantent à l'unisson: "tu es fidèle seigneur, tu es fidèle seigneur...et dans treize jours elle leur répondrait sans sourciller: ton sang est mon sang et ton peuple est mon peuple......
Mais instantanément son corps commença à la tirailler de tous les côtés.
Le Bal d'Entre-Deux-Morts ou Les Très Riches Heures de Victor-Solange Eternel, dit Chevalier Cyclone
L'archipel des Iles-Unies des Reliques est situé au large de Macondo et du Grand Marécage de Wolfork dans la Mer d'Entre-Deux-Morts. En dépit du chemin de croix permanent qui s'y déroule entre racines et rhizomes, Artémia Guimbo, marchande de simples de son état, et Victor-Solange Eternel, dit Chevalier Cyclone s'affrontent et se rejoignent dans un bal étrange sous la protection de saint Antoine-des-Divins-Plaisirs.
Le mouvement se situe sur un arc tendu entre deux morts.
Movement is situated on a tended arc between two deaths.(Le mouvement se situe sur un arc tendu entre deux morts.) Doris Humphrey
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1.6.11
15.5.11
La Congrégation des Veuves de Ti-Zoulou
En tant que membre de la Congrégation des Veuves de Ti-Zoulou, mieux encore en tant que chef de Septaine de cette confrérie dont la dévotion consistait à faire une fois par semaine le Chemin de la Croix, à tour de rôle de telle manière qu'il en ait un au moins de fait chaque jour sans interruption, Artémia, dont le jour était le mardi, était exemplaire. Pas un mardi où, en état de grâce, contrite de ses péchés et décidée de demeurer fidèle à Son Seigneur, elle ne s'acquittât de ses obligations, pas un mardi où elle ne trottinât d'un pied de la croix à l'autre, d'une station á l'autre le long des 3320 pas de la Voie Douloureuse comme une femelle raccoon diligente en quête de miel, comme un cabri en quête de pâturage entre les quatorze stations et le maître-autel. Et quand bien même elle fût malade elle ne se dérobait pas et faisant fi du privilège de prier devant un crucifix indulgencié en récitant un petit acte de contriction ou le verset: "Te, ergo, quoesumus, familis tuis submemi, quos pretioso sanguine tedemisti" comme le permettait Sa Sainteté le Pape, elle se rendait religieusement à l'église pour accomplir son devoir avec la certitude que le jour où elle quitterait ce monde ce serait en odeur de sainteté. Elle avait ainsi emmagasiné des milliers des milliers et des milliers d'années d'indulgences plénières et des centaines de milliers d'années d'indulgences partielles mais la grâce qui surpassait toutes les autres c'était l'Absolution Générale qu'elle recevait jusqu'à 36 fois par an et par laquelle on lui restituait l'innocence du baptême et où elle recevait la Très-Sainte Eucharistie comme s'il se fût agi d'une cuillère de confiture de banane. Sans compter qu'elle devait bien plus qu'à son tour remplacer au pied levé au pied de la Croix de Jean-Zoulou XXIX l'un, alité, ou l'autre en déplacement. Tout ça valait bien un océan infini de miséricordes. Le mardi c'étaient des milliers d'âmes qu'elle allait délivrer du Purgatoire et même si toutes ces activités ne faisaient pas d'elle une Sainte Clarisse, elle n'en était pas moins la plus fameuse pénitente de la paroisse de Kalakata et de toutes les autres paroisses des Reliques Unies.
Comme tous les membres de la Congrégation elle se devait de porter autour du cou un chapelet séraphique, symbole de pénitence, pauvreté et chasteté. On pouvait porter le chapelet sur la chemise. Le cordon pouvait être de fil, de coton, de lin ou de chanvre, en soie ou en ruban de corde nouée de couleur blanche et on ne devait le quitter qu'en cas de nécessité, pour le reprendre dès que cela redevenait possible. Quant aux grains de cette patenôtre séraphique ils pouvaient être d'os ou de corne, de corail ou de nacre, d'ambre ou de jais, de bois ou de cristal de roche avec des grosses perles pour marquer les décades en ambre ou en corail ou en perle précieuse comme l'émeraude, l'améthiste, le saphir, l'or ou l'argent. et pour couronner le tout un ou deux pompons rouges.
La Congrégation des Veuves de Ti-Zoulou se partageait en séries de deux sortes: les Septaines, ceux qui s'engageaient à faire un Chemin de la Croix par semaine à tour de rôle et les Trentaines, ceux qui promettaient d'assurer un Chemin de la Croix par mois. Chaque Paroisse de l'Archipel des Iles-Unies des Reliques formait en moyenne entre 3 et 4 septaines et 4 et 5 trentaines, ce qui garantissait 7 chemins de la Croix chaque jour dans chaque paroisse. Pour faire partie de la Confrérie on devait verser aussi un tafia dans le cas des membres de Trentaines et 4 tafias dans le cadre des Septaines pour l'acquit des messes.
La Confrérie s'était placée sous le patronage principal de Saint-Antoine-des-Plaisirs-Divins (dont la solennité est fixée le 13 juin)et sous le patronage secondaire de Saint Pantaléon et de Saint Léonard de Port-Maurice.
Sa Sainteté le Pape avait accordé une indulgence plénière aux conditions ordinaires de la confession et de la communion aux jours suivants, savoir:
1) le jour de l'entrée dans la Confrérie
2)`à l'article de la mort
3) le jour de la fête patronale de la Confrérie, le 13 juin
4) le jour de la fête de Saint Pantaléon le dernier dimanche de juillet
5) le jour de la fête de Saint Léonard de Port-Maurice le 26 novembre
En outre de ces indulgences les associés jouissaient encore des avantages suivants:
1) Une messe en entrant dans la confrérie pour la bonne mort du premier de la série qui laissera cette vie
2) A la mort une messe avec une communion un Chemin de la Croix de tous les associés de la série
Les fêtes spéciales de la Confrérie sont le Vendredi Saint, l'Invention de la Sainte Croix (le 3 mai), l'Exaltation de la Sainte Croix (le 14 septembre).
Les huit fêtes suivantes instituées par l'Eglise dans un but de réparation, les mystères et les instruments de la Passion de Notre Seigneur font l'objet d'une dévotion toute particulière et sont célèbrées par la réception de la Sainte Communion:
1) L'oraison de Notre Seigneur au Jardin des Oliviers (le mardi après la Septuagésime)
2) La commémoration de la Passion, le mardi après la Sexagésime
3) La Sainte Couronne d'Epines, le vendredi après la Quinquagésime
4) La Lance et les Clous, le premier vendredi de Carême
5) Le Saint-Suaire, le second vendredi de Carême
6) Les Cinq-Plaies, le troisième vendredi de Carême
7) Le Précieux Sang, le quatrième vendredi de Carême et le premier dimanche de juillet
8) Le Sacré-Coeur, le vendredi après l'octave du saint-Sacrement
Quant aux 36 jours d'Absolution Générale c'étaient:
le jour de l'Immaculée-Conception, à Noël, à la Circoncision, à l'Epiphanie, à la Purification, à la Saint-Joseph, à l'Annonciation, au dimanche des Rameaux, à chacun des jours de la Semaine-Sainte, au Dimanche de Pâques, à l'Ascension, à la Pentecôte, à la Trinité, à la Fête-Dieu, à la fête du Sacré-Cœur, le 21 juin, (en mémoire de l'anniversaire de l'entrée du Pape Pie IX dans le Tiers-Ordre), à la Saint-Pierre, à la Visitation, à la fête de Sainte-Claire (le 12 août), à l'Assomption, à la Saint-Louis, à la Nativité, à la Saint-François (le 4 octobre), à la Toussaint, à la fête de Sainte-Elizabeth de Hongrie (le 19 novembre), à la Présentation, et enfin, le 25 novembre, à la fête de Sainte Catherine, vierge et martyre. En outre, on pouvait recevoir l'Absolution générale quatre fois encore par an, n'importe quel jour, et ces quatre jours-là on recevait de plus la Bénédiction Papale, comme au 21 juin: en tout trente-six fois par an.
Comme tous les membres de la Congrégation elle se devait de porter autour du cou un chapelet séraphique, symbole de pénitence, pauvreté et chasteté. On pouvait porter le chapelet sur la chemise. Le cordon pouvait être de fil, de coton, de lin ou de chanvre, en soie ou en ruban de corde nouée de couleur blanche et on ne devait le quitter qu'en cas de nécessité, pour le reprendre dès que cela redevenait possible. Quant aux grains de cette patenôtre séraphique ils pouvaient être d'os ou de corne, de corail ou de nacre, d'ambre ou de jais, de bois ou de cristal de roche avec des grosses perles pour marquer les décades en ambre ou en corail ou en perle précieuse comme l'émeraude, l'améthiste, le saphir, l'or ou l'argent. et pour couronner le tout un ou deux pompons rouges.
La Congrégation des Veuves de Ti-Zoulou se partageait en séries de deux sortes: les Septaines, ceux qui s'engageaient à faire un Chemin de la Croix par semaine à tour de rôle et les Trentaines, ceux qui promettaient d'assurer un Chemin de la Croix par mois. Chaque Paroisse de l'Archipel des Iles-Unies des Reliques formait en moyenne entre 3 et 4 septaines et 4 et 5 trentaines, ce qui garantissait 7 chemins de la Croix chaque jour dans chaque paroisse. Pour faire partie de la Confrérie on devait verser aussi un tafia dans le cas des membres de Trentaines et 4 tafias dans le cadre des Septaines pour l'acquit des messes.
La Confrérie s'était placée sous le patronage principal de Saint-Antoine-des-Plaisirs-Divins (dont la solennité est fixée le 13 juin)et sous le patronage secondaire de Saint Pantaléon et de Saint Léonard de Port-Maurice.
Sa Sainteté le Pape avait accordé une indulgence plénière aux conditions ordinaires de la confession et de la communion aux jours suivants, savoir:
1) le jour de l'entrée dans la Confrérie
2)`à l'article de la mort
3) le jour de la fête patronale de la Confrérie, le 13 juin
4) le jour de la fête de Saint Pantaléon le dernier dimanche de juillet
5) le jour de la fête de Saint Léonard de Port-Maurice le 26 novembre
En outre de ces indulgences les associés jouissaient encore des avantages suivants:
1) Une messe en entrant dans la confrérie pour la bonne mort du premier de la série qui laissera cette vie
2) A la mort une messe avec une communion un Chemin de la Croix de tous les associés de la série
Les fêtes spéciales de la Confrérie sont le Vendredi Saint, l'Invention de la Sainte Croix (le 3 mai), l'Exaltation de la Sainte Croix (le 14 septembre).
Les huit fêtes suivantes instituées par l'Eglise dans un but de réparation, les mystères et les instruments de la Passion de Notre Seigneur font l'objet d'une dévotion toute particulière et sont célèbrées par la réception de la Sainte Communion:
1) L'oraison de Notre Seigneur au Jardin des Oliviers (le mardi après la Septuagésime)
2) La commémoration de la Passion, le mardi après la Sexagésime
3) La Sainte Couronne d'Epines, le vendredi après la Quinquagésime
4) La Lance et les Clous, le premier vendredi de Carême
5) Le Saint-Suaire, le second vendredi de Carême
6) Les Cinq-Plaies, le troisième vendredi de Carême
7) Le Précieux Sang, le quatrième vendredi de Carême et le premier dimanche de juillet
8) Le Sacré-Coeur, le vendredi après l'octave du saint-Sacrement
Quant aux 36 jours d'Absolution Générale c'étaient:
le jour de l'Immaculée-Conception, à Noël, à la Circoncision, à l'Epiphanie, à la Purification, à la Saint-Joseph, à l'Annonciation, au dimanche des Rameaux, à chacun des jours de la Semaine-Sainte, au Dimanche de Pâques, à l'Ascension, à la Pentecôte, à la Trinité, à la Fête-Dieu, à la fête du Sacré-Cœur, le 21 juin, (en mémoire de l'anniversaire de l'entrée du Pape Pie IX dans le Tiers-Ordre), à la Saint-Pierre, à la Visitation, à la fête de Sainte-Claire (le 12 août), à l'Assomption, à la Saint-Louis, à la Nativité, à la Saint-François (le 4 octobre), à la Toussaint, à la fête de Sainte-Elizabeth de Hongrie (le 19 novembre), à la Présentation, et enfin, le 25 novembre, à la fête de Sainte Catherine, vierge et martyre. En outre, on pouvait recevoir l'Absolution générale quatre fois encore par an, n'importe quel jour, et ces quatre jours-là on recevait de plus la Bénédiction Papale, comme au 21 juin: en tout trente-six fois par an.
5.4.11
Mes lèvres verront le miel prendre le goût du ciel
Tout commença par un subtil bruissement, sans que l'on sache véritablement s'il s'agissait d'ailes, de vent s'engouffrant sous les feuilles ou de lames de mer s'écrasant en douceur sur les plages de sable volcanique dans le lointain d'Entre-Deux-Morts. Wolfork fut pris d'un murmure qui enfla, s'amplifia et éclata en mille trilles souterraines jusqu'à prendre possession de l'espace tout entier, jusqu'à isoler la Place des Quatorze-Saints qui soudain prit les allures de l'abysse. Décidément ce ne serait pas un jour banal...Il était 4 heures du matin: entre chien et loup, la place affichait sa nature exubérante habituelle avec ses quatorze saints intercesseurs: Blaise, son manguier, Acace, son jacquier, Catherine d'Alexandrie, son cocotier, Marguerite d'Antioche, son néflier, Eustache, son pied de corossol, Gilles, le letchi, Barbe, son cacaoyer, Christophe, le jambosier, Cyriaque, l'acajou à pommes, Denis, le tamarinier, Erasme, le carambolier, Georges, le bananier, et Pantaléon, l'Indicible, le Maître Intercesseur en Personne et leur marmaille d' abeilles indigènes sans dard qui voluptueusement allaient butinant de pistil en étamine, pollinisant á qui mieux mieux...Perchée au plus haut des cieux de l'Intercesseur en Personne, la Veuve Eternel proférait depuis douze jours ses incantations funèbres, vendant aux enchères à coups de marteau les toutes dernières places du Paradis à qui voulait bien l'entendre. Dans ces longues imprécations elle vouait Untel à la Géhenne, Unetelle au Purgatoire car pour siéger au Paradis à la droite de l'Homme aux Clés, plus personne à ses yeux n'en était digne à Wolfork, qu'elle qualifiait à tout bout de champ d'Ile des Martyrs. On s'était tellement habitué à la distribution d'injures et de damnations que Veuve Eternel et Place des Quatorze étaient devenus presque synonymes. Elle faisait partie du paysage. Depuis douze jours, peuchère...Sans elle la place aurait paru presque dépeuplée, voire anachronique.
"En vérité, en vérité, je vous le dis, au Paradis seul un animal à pattes réussit à pousser c'est le crabe. Au Paradis il n'y a pas de vache. il n'y a pas de lait. Au Paradis il n'y aura pas de thé, pas d'eau de coco, pas de café je vous préviens. Au Paradis seule pousse la vanille, il n'y en a que pour la vanille. Au Paradis il n'y a qu'un animal à ailes et c'est l'abeille sans dard. Et pourquoi me direz-vous ? Parce que comme le crabe elle s'est adaptée. C'est pour cette raison qu'aujourd'hui je mets en vente pour les plus méritants une place réservée á la droite de l'Homme aux Clefs. Aujourd'hui c'est la dernière. Il n' en aura plus sur le marché et alors vous aurez beau venir me supplier, il n'y en aura plus. Alors qui est preneur ? Une place lumineuse à la droite du Concierge... Un, deux, trois, adjugé.. vendu à moi-même et à ma descendance, moi Artémia Guimbo, épouse légitime de Victor-Solange Eternel, dit Eternel XXIX".
Et c'est ainsi que la Veuve Eternel s'était auto-attribué les trois quarts des places disponibles à droite au Paradis pour elle et sa progéniture.
Depuis 12 jours elle s'était installée au faîte de Pantaléon, y avait élu domicile et ne s'en éloignait semble-t-il qu'au beau milieu de la nuit pour accomplir, murmurait-on, basse besogne sur basse besogne. Rien de trop catholique, en tout cas. A Wolfork qui ne connaissait les hauts faits et gestes d'Artémia Guimbo dite la Veuve Eternel qui au prix d'épousailles carnavalesques avait eu le toupet de prendre pour mari un mardi de Saint Antoine un cyclone sans devant ni derrière, un fantoche sans gamme ?...Douze jours qu'elle n'était apparue à la devanture de sa boutique de simples qui était devenue une seule pourriture de feuilles, de sortilèges, d'onguents, d'écorces et de peaux animales.
Et pourtant allez comprendre ! Depuis douze jours, malgré la dérade évidente, c'était une femme impeccable qui se présentait sur l'ostensoir des arbres: toujours sur son 31, lançant ses imprécations comme des cerfs-volants au-dessus de la canopée... Douze jours de déraison ! Douze ans d'errance ! Douze jours de déraille ! La veille elle les avait pourtant prévenus ! Elle avait dit sur le ton de la confidence, en gloussant presque: "Demain, bande de verrats, tous autant cancrelats et ravettes que vous êtes, vous allez voir.... Demain mes lèvres verront le miel prendre le goût du ciel!"
Mais ces termes quelque peu sybillins étaient passés comme du vent entre les oreilles de sassafras de tout un chacun. Elle s'insurgeait: "Vous courez dans le vide comme des poulets sant tête mais ne dites pas que je ne vous ai pas prévenus."
Quatre heures du matin ! Le premier chant du coq passa inaperçu surpassé par le vacarme tonitruant d'une colonie d'abeilles sans dard de toutes qualités qui se mirent au garde-à-vous au sommet de l'arbre happé dans un rayon de lune pendant que jaillissaient des mangroves adjacentes des colonies entières, des grappes de crabes et tourteaux de tout acabit, Rois Mages silencieux qui vinrent eux aussi se mettre au garde-à-vous dans l'attente d'un dénouement. Ce fut un vrai charivari. C'est sous cette nuée ardente d'abeilles sans dard et de crabes sans barbe tous unis dans un même élan que naquit en ce treize juin la princesse héritière Maria-Ondine Guimbo Mandaçaia, dite Dalila.
Le père Gaetan, prêtre Tertiaire de Saint François, releva le lendemain matin au pied l'Indicible pèle-mèle les cadavres enchevêtrés et disloqués comme après le passage d'un tsunami de milliers de tubunas, crabes matous, uruçus, mirins, crabes ciriques,gaiamuns, bouches de grenouilles, iraís, jandaíras, crabes araignées, crabes bleus, crabes cailloux, jandaís, boras, guaraipos, jataís, irupuás, tiubas, tubis et crabes des cocotiers... Un vrai calalou de crabes et d'abeilles.
Ce matin-là la Veuve Eternel rentra chez elle comme si de rien n'était, et après avoir débarrassé l'enfant de sa gangue de miel et de graisse de crabe la rinça dans sept lames de mer à hauteur du village de Pituba.
"En vérité, en vérité, je vous le dis, au Paradis seul un animal à pattes réussit à pousser c'est le crabe. Au Paradis il n'y a pas de vache. il n'y a pas de lait. Au Paradis il n'y aura pas de thé, pas d'eau de coco, pas de café je vous préviens. Au Paradis seule pousse la vanille, il n'y en a que pour la vanille. Au Paradis il n'y a qu'un animal à ailes et c'est l'abeille sans dard. Et pourquoi me direz-vous ? Parce que comme le crabe elle s'est adaptée. C'est pour cette raison qu'aujourd'hui je mets en vente pour les plus méritants une place réservée á la droite de l'Homme aux Clefs. Aujourd'hui c'est la dernière. Il n' en aura plus sur le marché et alors vous aurez beau venir me supplier, il n'y en aura plus. Alors qui est preneur ? Une place lumineuse à la droite du Concierge... Un, deux, trois, adjugé.. vendu à moi-même et à ma descendance, moi Artémia Guimbo, épouse légitime de Victor-Solange Eternel, dit Eternel XXIX".
Et c'est ainsi que la Veuve Eternel s'était auto-attribué les trois quarts des places disponibles à droite au Paradis pour elle et sa progéniture.
Depuis 12 jours elle s'était installée au faîte de Pantaléon, y avait élu domicile et ne s'en éloignait semble-t-il qu'au beau milieu de la nuit pour accomplir, murmurait-on, basse besogne sur basse besogne. Rien de trop catholique, en tout cas. A Wolfork qui ne connaissait les hauts faits et gestes d'Artémia Guimbo dite la Veuve Eternel qui au prix d'épousailles carnavalesques avait eu le toupet de prendre pour mari un mardi de Saint Antoine un cyclone sans devant ni derrière, un fantoche sans gamme ?...Douze jours qu'elle n'était apparue à la devanture de sa boutique de simples qui était devenue une seule pourriture de feuilles, de sortilèges, d'onguents, d'écorces et de peaux animales.
Et pourtant allez comprendre ! Depuis douze jours, malgré la dérade évidente, c'était une femme impeccable qui se présentait sur l'ostensoir des arbres: toujours sur son 31, lançant ses imprécations comme des cerfs-volants au-dessus de la canopée... Douze jours de déraison ! Douze ans d'errance ! Douze jours de déraille ! La veille elle les avait pourtant prévenus ! Elle avait dit sur le ton de la confidence, en gloussant presque: "Demain, bande de verrats, tous autant cancrelats et ravettes que vous êtes, vous allez voir.... Demain mes lèvres verront le miel prendre le goût du ciel!"
Mais ces termes quelque peu sybillins étaient passés comme du vent entre les oreilles de sassafras de tout un chacun. Elle s'insurgeait: "Vous courez dans le vide comme des poulets sant tête mais ne dites pas que je ne vous ai pas prévenus."
Quatre heures du matin ! Le premier chant du coq passa inaperçu surpassé par le vacarme tonitruant d'une colonie d'abeilles sans dard de toutes qualités qui se mirent au garde-à-vous au sommet de l'arbre happé dans un rayon de lune pendant que jaillissaient des mangroves adjacentes des colonies entières, des grappes de crabes et tourteaux de tout acabit, Rois Mages silencieux qui vinrent eux aussi se mettre au garde-à-vous dans l'attente d'un dénouement. Ce fut un vrai charivari. C'est sous cette nuée ardente d'abeilles sans dard et de crabes sans barbe tous unis dans un même élan que naquit en ce treize juin la princesse héritière Maria-Ondine Guimbo Mandaçaia, dite Dalila.
Le père Gaetan, prêtre Tertiaire de Saint François, releva le lendemain matin au pied l'Indicible pèle-mèle les cadavres enchevêtrés et disloqués comme après le passage d'un tsunami de milliers de tubunas, crabes matous, uruçus, mirins, crabes ciriques,gaiamuns, bouches de grenouilles, iraís, jandaíras, crabes araignées, crabes bleus, crabes cailloux, jandaís, boras, guaraipos, jataís, irupuás, tiubas, tubis et crabes des cocotiers... Un vrai calalou de crabes et d'abeilles.
Ce matin-là la Veuve Eternel rentra chez elle comme si de rien n'était, et après avoir débarrassé l'enfant de sa gangue de miel et de graisse de crabe la rinça dans sept lames de mer à hauteur du village de Pituba.
26.7.09
Je suis mariée au Feu
Bien aimés,
De nos jours, les prières valent du temps ; beaucoup plus précieux que l’or et le diamant. Vous seriez présentement en train de surmonter de durs moments, mais sachez que le seigneur est prêt à vous bénir sur un chemin, c’est-à-dire dans des situations où lui seul peut vous aider à y garder foi.
Je me présente, je m’appelle Madame Artémia Guimbo. Je suis mariée au Feu Eternel, c'est-à-dire au défunt, mon époux VICTOR-SOLANGE ETERNEL, vingt-neuvième du nom, de nationalité reliquoise, de mémoire glorieuse et bénie, qui était maître-charpentier en République des Iles-Unies des Reliques pendant des lustres. Au bout de six heures de mariage, il mourut des suites d'une brève et simple maladie de 4 jours à l'Hospice des Aliénés...
Depuis sa mort, je me débattais aussi dans des maladies comme le cancer du cerveau et le diabète, ce qui m'a poussée à venir me soigner ici à Station Wolfork. Tout récemment, mon docteur m’a dit que je ne survivrais pas au bout des trois prochaines semaines à venir, ceci dû à mon problème de cancer qui me gênait depuis fort longtemps.
Ayant connu mon état de santé actuelle, ma décision est de faire don, à un organisme de charité, de tout ce que j’ai hérité de mon mari défunt. Dans la crainte de ne pas trouver des personnes de bonnes moralités qui puissent user de cet argent à de bonnes fins, je vous ai choisi parmi ceux que Dieu à voulu bénir et c’est pourquoi j’ai décidé de vous léguer ma fortune, qui consiste en tout et pour tout en ces 83 poèmes avec toute la modestie et la sincérité d’une donatrice.
Andromaque se parfume à la lavande
Athalie est restée en extase.
Nous disons deux fois : Athalie est restée en extase
Attention elle mord. Nous disons trois fois.
Baissez donc les paupières
Bercent mon coeur d'une langueur monotone
C'est évidemment un tort
Clarisse a les yeux bleus, nous disons, Clarisse a les yeux bleus
Clarisse sera vengée. Nous disons deux fois.
Clémentine peut se curer les dents
De Camille à Amicha : six amis trouveront qu'elle mord ce soir. Nous disons : six amis trouveront qu'elle mord ce soir
De Marie-Thérèse à Marie-Louise : un ami viendra ce soir
Demain, la mélasse deviendra du cognac
Du bouledogue au sanglier : vous recevrez encore des amis ce soir. Le vent souffle les flambeaux. Nous disons : vous recevrez encore des amis ce soir. Le vent souffle les flambeaux.
Écoute mon cœur qui pleure
Elle est rasoir, Jeannie. Nous disons deux fois.
Elle restera sur le dos
Fréderick était roi de Prusse; nous disons quatre fois
Gabrielle vous envoie ses amitiés
Grand-Mère mange nos bonbons
Gustave est très doux. Nous disons deux fois.
Heureux qui comme Ulysse a fait un long voyage
Il a pleuré de joie
Il a une voix de fausset
Il est sévère mais juste
Il est temps de cueillir des tomates
Il fait chaud à Suez
Il faut avoir des pipes pour trier les lentilles
Il n'y a plus de tabac dans la tabatière
Il pleut toujours en Angleterre
J'aime les chats siamois
Je n'aime pas la blanquette de veau
Je n'aime pas les crêpes Suzette
Je veux être parrain
Jean a une moustache très longue
Jeannette a du cran. Nous disons deux fois
L'acide rougit le tournesol
L'angora a les poils longs
L'éléphant s'est cassé une défense
L'infirme veut courir
La Bénédictine est une liqueur douce
La fortune vient en dormant
La jeunesse est l'espoir du pays
La mort de Turenne est irréparable
La secrétaire est jolie
La vache saute par dessus la lune
La vertu réduit dans tous les yeux
Le canapé se trouve au milieu du salon
Le chacal n'aime pas le vermicelle. Nous disons : Le chacal n'aime pas le vermicelle
Le chat a neuf vies
Le chercheur d'or ira à la foire. Nous disons deux fois.
Le cheval bleu se promène sur l'horizon
Le chimpanzé est protocolaire. Nous disons trois fois.
Le cocker est bon chasseur. Nous disons trois fois.
Le coq chantera à minuit
Le facteur s'est endormi
Le grand blond s'appelle Bill
Le musicien est enthousiaste
Le père La Cerise est verni
Le sapin est vert, je répète, le sapin est vert
Le soleil se lève à l'Est le dimanche
Les carottes sont cuites
Les dés sont sur la table
Les fraises sont dans leur jus
Les girafes ne portent pas de faux-col
Les noix sont sèches
Les sanglots longs des violons de l'automne
Lily embrasse Mimi. Nous disons : Lily embrasse Mimi.
Lisette va bien
Louis a deux cochons
Ma femme à l'oeil vif
Message très important pour Samuel : L'octogénaire ne se déride pas. Attendez deux voitures et des amis sur le bonbon. Nous disons : L'octogénaire ne se déride pas. Attendez deux voitures et des amis sur le bonbon.
Messieurs faites vos jeux
Michel-Ange et Raphael sont immortels
Paul a du bon tabac
Pierrot ressemble à son grand-père
Rien ne m'est plus
Saint Liguori fonda Naples
Tambours, battez la charge, quatre fois. Nous disons : Tambours, battez la charge, quatre fois
Tante Amélie fait du vélo en short
Tu monteras la colline deux fois
Une poule sur un mur picore du pain dur
Véronèse était un peintre
Yvette aime les grosses carottes
Le monde est pervers mais grande est la miséricorde de Dieu. J’ai pris cette décision parce que je n’ai pas eu d’enfant avec mon mari qui puisse hériter de cette oeuvre singulière. Je n’ai pas non plus de famille car pour m'être fiancée avec un homme d'une autre foi, après la mort de mon époux VICTOR-SOLANGE ETERNEL, vingt-neuvième du nom, ma famille m'a rejetée pour la simple raison que ces fiançailles étaient contraires aux coutumes de ma famille. Aussi bien je pourrais léguer ma fortune à mon actuel amant, mais ce dernier est tellement mauvais de caractère, tellement mauvais larron, qu’il court un peu partout à droite et à gauche JURANT DEVANT L'ETERNEL ÊTRE L'HERITIER NATUREL DES DITS POÈMES en ce moment alors que je suis encore vivante dans ma situation.
Pour mes autres bien matériels, qui ne sont pas en argent bien sûr, j’en ai fait une bonne distribution. Je suis persuadée qu'après ma mort je serai avec Dieu la plus miséricordieuse et bienfaitrice .
Comme je suis actuellement à l’hôpital, me communiquer avec le monde extérieur ne m’est permis qu'une seule fois par semaine où je peux me déplacer alors j’en profite pour vous envoyer ce message d'appel urgent. Aussi je ne voudrais pas que mon amant toujours à rôder autour de moi comme une mouche enragée à cause de ma fortune soit mis au courant de ce message que je lance comme une bouteille à la mer. Pour ce fait je vous invite à faire preuve de DISCRETION autour de vous.
Aussitôt que je recevrai votre réponse et votre disponibilité confirmée pour recevoir cet argent et l’utiliser honorablement, je vous donnerai le contact de l’institution en république des Iles-Unies des Reliques qui attend mes instructions avant de transférer ce fonds à celui que je leur indiquerai.
Je voudrais que vous sachiez que ce fonds que vous recevrez comme don de la part d’une femme mourante vous en fassiez bon usage, en l’utilisant pour bénir d’autres pauvres (tel est mon voeu le plus cher en ce moment)et ainsi vous n’aurez pas de problèmes avec les clauses que j’ai établies avec l'institution où j’ai déposé l’argent et qui se chargera de vous transférer discrètement l’argent.
Que la Paix et la miséricorde de Dieu soient avec vous. Ainsi soit-il
Mme Artémia Guimbo dite Veuve Eternel
De nos jours, les prières valent du temps ; beaucoup plus précieux que l’or et le diamant. Vous seriez présentement en train de surmonter de durs moments, mais sachez que le seigneur est prêt à vous bénir sur un chemin, c’est-à-dire dans des situations où lui seul peut vous aider à y garder foi.
Je me présente, je m’appelle Madame Artémia Guimbo. Je suis mariée au Feu Eternel, c'est-à-dire au défunt, mon époux VICTOR-SOLANGE ETERNEL, vingt-neuvième du nom, de nationalité reliquoise, de mémoire glorieuse et bénie, qui était maître-charpentier en République des Iles-Unies des Reliques pendant des lustres. Au bout de six heures de mariage, il mourut des suites d'une brève et simple maladie de 4 jours à l'Hospice des Aliénés...
Depuis sa mort, je me débattais aussi dans des maladies comme le cancer du cerveau et le diabète, ce qui m'a poussée à venir me soigner ici à Station Wolfork. Tout récemment, mon docteur m’a dit que je ne survivrais pas au bout des trois prochaines semaines à venir, ceci dû à mon problème de cancer qui me gênait depuis fort longtemps.
Ayant connu mon état de santé actuelle, ma décision est de faire don, à un organisme de charité, de tout ce que j’ai hérité de mon mari défunt. Dans la crainte de ne pas trouver des personnes de bonnes moralités qui puissent user de cet argent à de bonnes fins, je vous ai choisi parmi ceux que Dieu à voulu bénir et c’est pourquoi j’ai décidé de vous léguer ma fortune, qui consiste en tout et pour tout en ces 83 poèmes avec toute la modestie et la sincérité d’une donatrice.
Andromaque se parfume à la lavande
Athalie est restée en extase.
Nous disons deux fois : Athalie est restée en extase
Attention elle mord. Nous disons trois fois.
Baissez donc les paupières
Bercent mon coeur d'une langueur monotone
C'est évidemment un tort
Clarisse a les yeux bleus, nous disons, Clarisse a les yeux bleus
Clarisse sera vengée. Nous disons deux fois.
Clémentine peut se curer les dents
De Camille à Amicha : six amis trouveront qu'elle mord ce soir. Nous disons : six amis trouveront qu'elle mord ce soir
De Marie-Thérèse à Marie-Louise : un ami viendra ce soir
Demain, la mélasse deviendra du cognac
Du bouledogue au sanglier : vous recevrez encore des amis ce soir. Le vent souffle les flambeaux. Nous disons : vous recevrez encore des amis ce soir. Le vent souffle les flambeaux.
Écoute mon cœur qui pleure
Elle est rasoir, Jeannie. Nous disons deux fois.
Elle restera sur le dos
Fréderick était roi de Prusse; nous disons quatre fois
Gabrielle vous envoie ses amitiés
Grand-Mère mange nos bonbons
Gustave est très doux. Nous disons deux fois.
Heureux qui comme Ulysse a fait un long voyage
Il a pleuré de joie
Il a une voix de fausset
Il est sévère mais juste
Il est temps de cueillir des tomates
Il fait chaud à Suez
Il faut avoir des pipes pour trier les lentilles
Il n'y a plus de tabac dans la tabatière
Il pleut toujours en Angleterre
J'aime les chats siamois
Je n'aime pas la blanquette de veau
Je n'aime pas les crêpes Suzette
Je veux être parrain
Jean a une moustache très longue
Jeannette a du cran. Nous disons deux fois
L'acide rougit le tournesol
L'angora a les poils longs
L'éléphant s'est cassé une défense
L'infirme veut courir
La Bénédictine est une liqueur douce
La fortune vient en dormant
La jeunesse est l'espoir du pays
La mort de Turenne est irréparable
La secrétaire est jolie
La vache saute par dessus la lune
La vertu réduit dans tous les yeux
Le canapé se trouve au milieu du salon
Le chacal n'aime pas le vermicelle. Nous disons : Le chacal n'aime pas le vermicelle
Le chat a neuf vies
Le chercheur d'or ira à la foire. Nous disons deux fois.
Le cheval bleu se promène sur l'horizon
Le chimpanzé est protocolaire. Nous disons trois fois.
Le cocker est bon chasseur. Nous disons trois fois.
Le coq chantera à minuit
Le facteur s'est endormi
Le grand blond s'appelle Bill
Le musicien est enthousiaste
Le père La Cerise est verni
Le sapin est vert, je répète, le sapin est vert
Le soleil se lève à l'Est le dimanche
Les carottes sont cuites
Les dés sont sur la table
Les fraises sont dans leur jus
Les girafes ne portent pas de faux-col
Les noix sont sèches
Les sanglots longs des violons de l'automne
Lily embrasse Mimi. Nous disons : Lily embrasse Mimi.
Lisette va bien
Louis a deux cochons
Ma femme à l'oeil vif
Message très important pour Samuel : L'octogénaire ne se déride pas. Attendez deux voitures et des amis sur le bonbon. Nous disons : L'octogénaire ne se déride pas. Attendez deux voitures et des amis sur le bonbon.
Messieurs faites vos jeux
Michel-Ange et Raphael sont immortels
Paul a du bon tabac
Pierrot ressemble à son grand-père
Rien ne m'est plus
Saint Liguori fonda Naples
Tambours, battez la charge, quatre fois. Nous disons : Tambours, battez la charge, quatre fois
Tante Amélie fait du vélo en short
Tu monteras la colline deux fois
Une poule sur un mur picore du pain dur
Véronèse était un peintre
Yvette aime les grosses carottes
Le monde est pervers mais grande est la miséricorde de Dieu. J’ai pris cette décision parce que je n’ai pas eu d’enfant avec mon mari qui puisse hériter de cette oeuvre singulière. Je n’ai pas non plus de famille car pour m'être fiancée avec un homme d'une autre foi, après la mort de mon époux VICTOR-SOLANGE ETERNEL, vingt-neuvième du nom, ma famille m'a rejetée pour la simple raison que ces fiançailles étaient contraires aux coutumes de ma famille. Aussi bien je pourrais léguer ma fortune à mon actuel amant, mais ce dernier est tellement mauvais de caractère, tellement mauvais larron, qu’il court un peu partout à droite et à gauche JURANT DEVANT L'ETERNEL ÊTRE L'HERITIER NATUREL DES DITS POÈMES en ce moment alors que je suis encore vivante dans ma situation.
Pour mes autres bien matériels, qui ne sont pas en argent bien sûr, j’en ai fait une bonne distribution. Je suis persuadée qu'après ma mort je serai avec Dieu la plus miséricordieuse et bienfaitrice .
Comme je suis actuellement à l’hôpital, me communiquer avec le monde extérieur ne m’est permis qu'une seule fois par semaine où je peux me déplacer alors j’en profite pour vous envoyer ce message d'appel urgent. Aussi je ne voudrais pas que mon amant toujours à rôder autour de moi comme une mouche enragée à cause de ma fortune soit mis au courant de ce message que je lance comme une bouteille à la mer. Pour ce fait je vous invite à faire preuve de DISCRETION autour de vous.
Aussitôt que je recevrai votre réponse et votre disponibilité confirmée pour recevoir cet argent et l’utiliser honorablement, je vous donnerai le contact de l’institution en république des Iles-Unies des Reliques qui attend mes instructions avant de transférer ce fonds à celui que je leur indiquerai.
Je voudrais que vous sachiez que ce fonds que vous recevrez comme don de la part d’une femme mourante vous en fassiez bon usage, en l’utilisant pour bénir d’autres pauvres (tel est mon voeu le plus cher en ce moment)et ainsi vous n’aurez pas de problèmes avec les clauses que j’ai établies avec l'institution où j’ai déposé l’argent et qui se chargera de vous transférer discrètement l’argent.
Que la Paix et la miséricorde de Dieu soient avec vous. Ainsi soit-il
Mme Artémia Guimbo dite Veuve Eternel
19.9.07
Voyage à Fonds Guatemala 2
Fonds Guatemala, ou mieux Guatemala pour les intimes, ne figure sur aucune carte des Reliques. Ce n'est ni un atoll, ni un banc de sable, ni un récif, ce n'est rien donc à priori qui puisse intéresser un quelconque géographe du réel. Mais pour ceux qui se passionnent pour la géographie de l'indescriptible, pour la cartographie de l'insaisissable, alors nul n'est besoin de longue-vue ou de gouvernail pour accéder à cette contrée aux frontières indéfinissables. Nul besoin d'embarcadère, point n'est besoin de gare ! A peine a-t'on mis pied en Fonds Guatemala qu'on est emporté par un moteur Vulcain de fleuves amazoniens alternant leurs eaux noires, vertes voire mauves, leurs sauts vertigineux et leurs criques accueillantes. Doté d'un moteur cryotechnique Vulcain, avec une poussée de 1100KN, soit l'équivalent de deux moteurs Viking pendant dix minutes, le coeur de Fonds Guatemala développe une puissance de 115 tonnes pendant plus de de 570 secondes. La puissance dégagée est équivalente à celle d'une centrale atomique ! La tête explose, double de volume, tous les canaux sont bouchés, la pression monte à 60 bars et la température à 3000 degrés Celsius. La migraine devient une graine totale, compacte, refermée sur elle même en autarcie lente mais définitive. Aucune piste taillée à coups de machette dans une nature vierge pour donner lieu à un Cap Canaveral de médicaments pour fludifier le sang, pas de pont de singes, nul bac ne vous sépare en Fonds Guatemala de l'ici et du là.
Fonds Guatemala, le pays migraineux aux montagnes qui bouillent où même les toucans en pleine voltige se donnent des airs de marteaux-piqueurs, où des lézards géants pondent l'un après l'autre leurs cent oeufs de douleur dans des corps subitement tranformés en savane ! On s'étonne parfois qu'un louve immaculée s'immisce là où l'on s'attendrait à voir surgir un raccoon rouge des palétuviers mais c'est bien là le moindre paradoxe de Fonds Guatemala, capitale de la déveine, où même les cyclones les plus charognards se refusent à flairer la moindre chair en décomposition, Fonds Guatemala, la troublante escale, qu'Artémia Guimbo visitait néanmoins en pélérinage tous les vendredis après-midi avant confesse.
Fonds Guatemala, le pays migraineux aux montagnes qui bouillent où même les toucans en pleine voltige se donnent des airs de marteaux-piqueurs, où des lézards géants pondent l'un après l'autre leurs cent oeufs de douleur dans des corps subitement tranformés en savane ! On s'étonne parfois qu'un louve immaculée s'immisce là où l'on s'attendrait à voir surgir un raccoon rouge des palétuviers mais c'est bien là le moindre paradoxe de Fonds Guatemala, capitale de la déveine, où même les cyclones les plus charognards se refusent à flairer la moindre chair en décomposition, Fonds Guatemala, la troublante escale, qu'Artémia Guimbo visitait néanmoins en pélérinage tous les vendredis après-midi avant confesse.
11.7.07
Visita Interiorem Terrae Rectificando Invenies Operae Lapidem
Certains grands hommes naissent comme tracès à la serpe dans la roche et le vent, d'autres non moins grands sont issus d'une transmutation d'os et de graisse ! D'autres, plus grands encore, bien plus rares encore, surgissent à l'improviste des entrailles de la terre et distillent dès leur premier cri de l'or du meilleur aloi ! Il en fut ainsi du frère d'Ondine Guimbo, plus connue sous le nom de Tanjura, enfant utérin d'Artémia Guimbo, celle-là même, cette figure bien connue des Reliques et qu'on affubla jadis en son temps de l'étrange sobriquet de Veuve Cyclone !
Se remémorant la naissance de ce rejeton comme d'une épopée digne d'un des contes de fées les plus fantastiques des Frères Grimm, la Veuve Eternel devait dire bien des décans plus tard : "Quand il est venu à la lumière, j'ai été comme soulevée par des odeurs d'un autre néant ! Ca puait l'or, une odeur de coquillage, de noix de coco, de corne et d'os ! Par réflexe je me suis bouché le nez mais c'est alors que l'enfant a parlé et m'a dit en prenant tout son temps pour que je comprenne bien :"Tu m'appelleras Pierre Philosophale"
Malgré les protestations de l'Officier d'Etat Civil de Kalakata qui avait suggéré en vrac Pierre-Paul, Pierre de Rome, Saint Pierre, Saint Paul, on enregistra en bougonnant la naissance un 29 juin de Pierre Philosophale Guimbo.
La légende raconte que "Tu m'appelleras Pierre Philosophale" furent les seuls et uniques mots que jamais Pierre Philosophale Guimbo prononça à la face du monde connu des Reliques ! mais d'autres sources disent même qu'il se permit le luxe même d'épeler de façon doctorale Pierre Philosophale à sa mère pour qu'aucune erreur ne fut commise par l'état-civil : "PIERRE, P, I, E, deux R, E , PHILOSOPHALE, P, H, I, L, O, S, O, P, H, A, L , E "
On raconte encore, mais les gens racontent tant de choses et la parole galvaudée ne laisse plus qu'une trace infime que seules les vieilles pécores ravaudent encore, donc on raconte encore que c'est parce qu'il connaissait les moindres replis de l'âme d'Artémia Guimbo que son fils se permit de lui épeler le nom par lequel il souhaitait être connu. Il se murmure en effet que la Veuve Eternel au vu de l'anatomie particulièrement vigoureuse de son rejeton et plus spécifiquement au vu de ses deux testicules qui avaient la forme de deux avocats arrivés à pleine maturité s'était exclamée en son for intérieur :"Quel Grand Phalle !"
Mais malgré toutes les précautions prises il n'en alla pas autrement : ce fut sous le nom de Pierre Grand-Phalle que Pierre Philosophale allait grandir.
Etrange destin que celui de cet enfant qui dès le premier jour refusa de téter au sein de sa mère, se recusa à connaître la langoureuse succion d'une tétine de biberon, refusa de goûter la bouillie de dictame ! Monsieur refusait toute alimentation (quoique certaines langues perverses racontent encore que quand on lui badigeonna les lèvres d'une cuillerée de tafia mélangée à du sang de tortue il émit un petit gloussement prémonitoire)! Même sous sérum, il dépérissait à tel point qu'au lendemain de sa naissance on pensait déjà à la fabrication de son cercueil en contreplaqué imitation bois de rose. Mais Artémia Guimbo n'était pas femme à abdiquer si facilement ! Il avait sûrement grand goût, pensa alors sa mère qui manda chercher les plus belles nourrices de lait pour redonner goût à la vie à sa marmaille. Mais tétu comme pas un le petit naufragé méprisa mamelons plats le lundi, dédaigna mamelons coniques le mardi, toisa mamelons ombiliqués le mercredi, ignora mamelons proéminents le jeudi, révoqua aéroles le vendredi, congédia mamelons de tout acabit le samedi. Pauvres Madelons qui s'évertuaient à le faire s'abreuver de leur manne ! Pas une ne trouvait grâce à ses yeux !
C'est alors que le dimanche, au septième jour de la naissance de Pierre que sa mère eut une révélation. La dernière nourrice ayant suggéré qu'on lui administre de force de l'eau de Lourdes bénite alors que l'enfant n'était même pas encore passé sous les fonts batismaux, elle se souvint de l'odeur de coquillage à la naissance de son petit dernier et s'exclama :"Et si on lui donnait un peu d'eau de mer !??"
Elle prit son enfant sous les bras bien enveloppé dans ses langes et se rendit dans une crique toute proche, histoire pensait-elle de lui humecter les lèvres et de voir si la Sainte Providence veillait encore sur elle. Ce fut inespéré ! En un instant l'enfant repris des couleurs ! Il avala l'eau comme s'il se fut agi d'air à grandes bouffées, comme un chameau en dérade après avoir traversé les mirages de cent oasis de lait et de miel! De retour chez elle, Artémia ne fit part à personne de sa découverte. Elle mit tranquillement le naufragé dans son berceau et prenant du jerrycan de dix litres se rendit en canot au milieu de la mer d'où elle puisa 10 litres de la substantifique moelle qui avait redonné vie à sa progéniture. Ce n'est qu'après une semaine entière d'une diète de choc de ce plasma nacré composé aux trois-quarts de son propre lait et pour un quart par de l'eau de mer que Grand-Phalle consentit enfin à s'abreuver au sein de sa mère. Mais il devait tout au long de sa vie continuer à prendre par petites gorgées son sérum, dont il modifia par la suite l'un des constituants : il garda le quart d'eau de mer mais troqua le lait maternel par le rhum à 55 degrés, un vrai ricin artisanal, que ce mélange de deux eaux de vie ! Aussi ne vous étonnez pas si au détour d'un bar à Kalakata comme dans tout l'archipel des Reliques vous entendez commander au maître de céans :"Sers nous deux sérums !". Il reviendra et dira aux amateurs :"Et voilà les deux Grand-Phalles !". Ou bien :"Deux Pierres Philosophales, bien servies" ! Quant à Pierre Philosophale "Grand Phalle" Guimbo ses amours tumultueuses avec la princesse-pianiste Maria Una entreraient un jour dans le panthéon de l'amour à la mode de Kalakata !
Se remémorant la naissance de ce rejeton comme d'une épopée digne d'un des contes de fées les plus fantastiques des Frères Grimm, la Veuve Eternel devait dire bien des décans plus tard : "Quand il est venu à la lumière, j'ai été comme soulevée par des odeurs d'un autre néant ! Ca puait l'or, une odeur de coquillage, de noix de coco, de corne et d'os ! Par réflexe je me suis bouché le nez mais c'est alors que l'enfant a parlé et m'a dit en prenant tout son temps pour que je comprenne bien :"Tu m'appelleras Pierre Philosophale"
Malgré les protestations de l'Officier d'Etat Civil de Kalakata qui avait suggéré en vrac Pierre-Paul, Pierre de Rome, Saint Pierre, Saint Paul, on enregistra en bougonnant la naissance un 29 juin de Pierre Philosophale Guimbo.
La légende raconte que "Tu m'appelleras Pierre Philosophale" furent les seuls et uniques mots que jamais Pierre Philosophale Guimbo prononça à la face du monde connu des Reliques ! mais d'autres sources disent même qu'il se permit le luxe même d'épeler de façon doctorale Pierre Philosophale à sa mère pour qu'aucune erreur ne fut commise par l'état-civil : "PIERRE, P, I, E, deux R, E , PHILOSOPHALE, P, H, I, L, O, S, O, P, H, A, L , E "
On raconte encore, mais les gens racontent tant de choses et la parole galvaudée ne laisse plus qu'une trace infime que seules les vieilles pécores ravaudent encore, donc on raconte encore que c'est parce qu'il connaissait les moindres replis de l'âme d'Artémia Guimbo que son fils se permit de lui épeler le nom par lequel il souhaitait être connu. Il se murmure en effet que la Veuve Eternel au vu de l'anatomie particulièrement vigoureuse de son rejeton et plus spécifiquement au vu de ses deux testicules qui avaient la forme de deux avocats arrivés à pleine maturité s'était exclamée en son for intérieur :"Quel Grand Phalle !"
Mais malgré toutes les précautions prises il n'en alla pas autrement : ce fut sous le nom de Pierre Grand-Phalle que Pierre Philosophale allait grandir.
Etrange destin que celui de cet enfant qui dès le premier jour refusa de téter au sein de sa mère, se recusa à connaître la langoureuse succion d'une tétine de biberon, refusa de goûter la bouillie de dictame ! Monsieur refusait toute alimentation (quoique certaines langues perverses racontent encore que quand on lui badigeonna les lèvres d'une cuillerée de tafia mélangée à du sang de tortue il émit un petit gloussement prémonitoire)! Même sous sérum, il dépérissait à tel point qu'au lendemain de sa naissance on pensait déjà à la fabrication de son cercueil en contreplaqué imitation bois de rose. Mais Artémia Guimbo n'était pas femme à abdiquer si facilement ! Il avait sûrement grand goût, pensa alors sa mère qui manda chercher les plus belles nourrices de lait pour redonner goût à la vie à sa marmaille. Mais tétu comme pas un le petit naufragé méprisa mamelons plats le lundi, dédaigna mamelons coniques le mardi, toisa mamelons ombiliqués le mercredi, ignora mamelons proéminents le jeudi, révoqua aéroles le vendredi, congédia mamelons de tout acabit le samedi. Pauvres Madelons qui s'évertuaient à le faire s'abreuver de leur manne ! Pas une ne trouvait grâce à ses yeux !
C'est alors que le dimanche, au septième jour de la naissance de Pierre que sa mère eut une révélation. La dernière nourrice ayant suggéré qu'on lui administre de force de l'eau de Lourdes bénite alors que l'enfant n'était même pas encore passé sous les fonts batismaux, elle se souvint de l'odeur de coquillage à la naissance de son petit dernier et s'exclama :"Et si on lui donnait un peu d'eau de mer !??"
Elle prit son enfant sous les bras bien enveloppé dans ses langes et se rendit dans une crique toute proche, histoire pensait-elle de lui humecter les lèvres et de voir si la Sainte Providence veillait encore sur elle. Ce fut inespéré ! En un instant l'enfant repris des couleurs ! Il avala l'eau comme s'il se fut agi d'air à grandes bouffées, comme un chameau en dérade après avoir traversé les mirages de cent oasis de lait et de miel! De retour chez elle, Artémia ne fit part à personne de sa découverte. Elle mit tranquillement le naufragé dans son berceau et prenant du jerrycan de dix litres se rendit en canot au milieu de la mer d'où elle puisa 10 litres de la substantifique moelle qui avait redonné vie à sa progéniture. Ce n'est qu'après une semaine entière d'une diète de choc de ce plasma nacré composé aux trois-quarts de son propre lait et pour un quart par de l'eau de mer que Grand-Phalle consentit enfin à s'abreuver au sein de sa mère. Mais il devait tout au long de sa vie continuer à prendre par petites gorgées son sérum, dont il modifia par la suite l'un des constituants : il garda le quart d'eau de mer mais troqua le lait maternel par le rhum à 55 degrés, un vrai ricin artisanal, que ce mélange de deux eaux de vie ! Aussi ne vous étonnez pas si au détour d'un bar à Kalakata comme dans tout l'archipel des Reliques vous entendez commander au maître de céans :"Sers nous deux sérums !". Il reviendra et dira aux amateurs :"Et voilà les deux Grand-Phalles !". Ou bien :"Deux Pierres Philosophales, bien servies" ! Quant à Pierre Philosophale "Grand Phalle" Guimbo ses amours tumultueuses avec la princesse-pianiste Maria Una entreraient un jour dans le panthéon de l'amour à la mode de Kalakata !
7.4.07
29.3.07
La Quincaillerie Céleste d'Artémia du Corossol

Le nom officiel du commerce que tout le monde connaissait comme Artémia du Corossol sur la place du marché de Kalakata était celui-ci : La Quincaillerie Céleste, articles religieux, semi-gros et détail. De fait Artémia Guimbo vendait outre les plantes médicinales, liturgiques et aromatiques tout un chapelet de perles et sequins, de rocailles et de coquillages, de strass et de paillettes, toute une panoplie de ferraille et de poudres, de champagnes, de rhums et de miels propres à favoriser le dialogue avec les Ciels et les Enfers artificiels !
Dans sa devanture comme sur son comptoir se reposaient des statues incassables de seize centimètres à un mètre trente de haut portant autour du cou colliers de perles de verre de toutes les couleurs. Ailleurs des figurines en bois sculpté et peint semblaient plongées dans l'oubli dormaient au fond de bols-calebasses ou de marmites en terre cuite aux côtés d'éventails en acier ou en laiton imitant le cuivre. De grands paniers d'osier hébergeaient pêle-mêle des racines de toutes les îles de l'archipel; des graines; des feuilles de glycérine, de verveine caraïbe pour soigner l'angoisse, d'avocatier pour ouvrir l'appétit, de corrosolier et de prunier d'Espagne pour les dents de lait et les gencives, de crête de coq d'Inde pour ôter les boutons du visage, de quénettier pour vaincre l'eczéma, de paraka pour les démangeaisons, de plantain pour la bronchite, de dartrier pour soigner les dartres, de tamarinier et de calebassier pour soigner la constipation ; des bourgeons de campêche et de pomme cannelle contre la fatigue, et des fleurs de mâle papaye, d'avocatier, de camomille et de baraguette.
Sur un meuble dans un coin derrière elle on trouvait du champagne, du mousseux, de l'huile de palme, du rhum et du miel. Seul un oeil exercé savait comment y retrouver ses petits ! On pouvait y trouver des pipes et des cigares ainsi que du tabac et des coquillages.
Au-dessus, pendant au plafond, la Quincaillerie Céleste explosait de couronnes, sceptres, épées, arcs, flèches et haches ainsi que de tridents rouges et noirs. Mais on y voyait aussi des bras, des jambes, des morceaux de corps, des têtes, des coeurs en cire jaune qui serviraient à l'heure voulue d'ex-votos.
Au-dessus des étagères se trouvaient de vieilles fioles à l'écriture illisible où seule Artémia savait distinguer la poudre d'hippocampe séchée (bonne à résoudre les maux de tête) de la poudre de lézard (radicale pour résoudre un mal de dents) ou de celle de corne de buffle (efficace selon elle contre les rhumatisme et les vers). Dans ce céleste bric-à-brac on trouvait encore des pendentifs en dents, des colliers en dents de jaguar, des peignes, des miroirs, des flacons d'eau de Cologne, des savons de toutes qualités, des huiles, des pots, des onguents, de la tôle galvanisée imitant à merveille l'or, l'argent ou le cuivre, des bains de feuillages, des talismans, des protections, tout le nécessaire indispensable à la fumigation. Des bateaux bleus et blancs attendaient leurs matelots et au-dessus de l'étal, sur un pan de mur, posées sur des étagères se trouvaient les articles de carnaval (masques, perles, paillettes, déguisements, guirlandes et confettis). Un autre pan d'étagères était consacré au royaume des bougies de désenvoûtement, de sept jours ou de vingt-et-un jours, parfumées au miel, colorées ou blanches et virginales, des chandeliers et cierges. Sous le comptoir des tiroirs s'ouvraient et se refermaient avec leurs trésors célestes...C'était Babylone
25.3.07
Le mambo du coq et de la mouche

Le Commandeur n'était pas du genre à jeter l'éponge au premier round ! Certes l'uppercut au menton plus le coup dans le foie et le crochet du gauche qu'il dut encaisser coup sur coup avec la fin de non recevoir de Flore de Sainte Rita étaient dignes de figurer dans toute bonne anthologie de la boxe amoureuse mais il savait que le match se jouait en douze rounds. C'était lui le spécialiste du ring, le poids coq, elle la challenger, la poids mouche et que peut un poids mouche devant un poids coq aux allures de super welter. De plus s'il avait su apprivoiser un ara cobalt, oiseau en voie de disparition, et le rendre capable au bout de 6 ans d'annoncer sur le rythme les 60 pas du quadrille, comment ne pourrait-il pas séduire cette Sainte Rita en jupons, cette femellle majuscule qui se croyait maîtresse du Madison Square Garden ?
Il faillit mettre genou à terre à la fin de la deuxième reprise suite à un coup bas donné par la reine de beauté. Mais n'écoutant que son goût du beau geste il feignit de ne rien sentir et n'esquissa pas même l'ombre d'une grimace. Au contraire on aurait dit qu'il esquissait des pas de quadrille mâtiné de mambo!
Le troisième round le trouva à la porte de chez Flore avec des graines pour son perroquet Ismaël.
Il lui fallait à tout prix entrer dans la citadelle et y laisser ses petits pions, tous aussi efficaces que ce perroquet de Troie.
Mais la belle faisait la sourde ou faisait sa prière mais la porte demeura close.
Au quatrième round le poids coq super welter frappait à la porte d'Artémia Guimbo mais on lui fit dire que cette dernière ne recevait pas à l'heure de la sieste.
Il revint donc à sept heures du soir pour chercher chez la spécialiste des plantes aromatiques, médicinales et liturgiques une protection, amulette, quelque chose pour résoudre le noeud de vipères lubriques dans lequel il s'était enfoncé tout seul.
- Il me la faut coûte que coûte ! fit le Dom Juan presque en larmes. Fais quelque chose et vite !
19.3.07
Bisous partout et nulle part ailleurs !

Alors qu'il évoquait avec Artémia Guimbo, vingt-deux ans après, leurs premières rencontres, Orphélien fut surpris par la mémoire précise dont elle faisait preuve pour certains épidodes et par le brouillard profond où elle était plongée pour d'autres. Lui même n'était pas mieux loti ...
Il se souvenait ainsi parfaitement l'avoir surprise en pleine nuit en plein dévergondage mystique dans la mangrove de Saint-Hyacinthe. Il avait d'ailleurs les photos pour le prouver. Et il les lui remit avec un grand sourire cynique en disant :
- Tiens c'est pour toi. Ca aurait été dommage de perdre un spectacle comme cela. Moi j'étais juste là au bon endroit et à la bonne heure avec mon Baby Rolleiflex !
- Ah tu les as gardées tout ce temps ces photos ? Tu ne les as pas publiées au moins ?
Puis se jetant avidement sur les photos, elle fit :
- Ah j'avais les cheveux si longs à l'époque ?
- Tes cheveux, je n'ai pas trop fait attention, vu que tu étais nue comme un ver avec comme seul costume le fameux collier en os prêté par Flore de Sainte Rita.
- Maintenant j'ai changé. J'ai pris un peu de poids.
- Mais ce n'est rien à côté de moi. Moi c'est bien 30 kilos que j'ai pris. Alors que toi tu es toujours une femme-violon.
- On voit que tu ne vois pas la culotte de cheval, les vergetures et les poignées d'amour.
- Mais moi je n'ai pas changé à ce niveau là. mes goûts sont toujours les mêmes. J'adore ce corps. On dirait qu'il a été cousu sur mesure pour le mien !
- Arrête de faire des promesses que tu ne pourras pas tenir !
- Ensuite tu es rentrée chez moi comme une voleuse et tu m'as violé comme un malpropre! Tu avais oublié ?
- Moi, te violer ?!!
- Oui j'étais en train d'écrire et tu en as profité pour me violer. D'ailleurs je ne me plains pas, mais les faits sont les faits...
Le lendemain leurs routes s'étaient séparées au petit matin. Le temps avait passé. Elle avait connu la dérade, la déraison. Puis un mercredi des Cendres, quelque dix ans après, le hasard les avait réunis à nouveau sur l'île de l'Epée chez Pépita Sandragon, la mère d'Artémia...
Ils s'étaient alors retrouvés au cimetière le jour suivant pour l'enterrement d'Arsène Tamarin dit Boniface, mort à cause d'une arête d'orphie qui lui était restée en travers du gosier.
- C'était un mercredi des Cendres. Là encore tu as fait des photos que je n'ai jamais vues. Tu ne te souviens pas ? Un mercredi des Cendres ! On avait fait de l'orphie boucanée et du colombo de guimbo...Tu avais encore ton Rolleiflex ! Tu l'as encore ?
Lui l'avait oublié. Il pensait l'avoir rencontrée ensuite au Bal de Kalakata.
- Un mercredi des Cendres! Mais comment ai-je pu l'oublier ! Si j'ai oublié c'est que je devais être saoul alors ! J'avais beaucoup bu ?
- Non pas plus que ça. On a même dansé ensemble à un moment !
- Si on a dansé, fit-il, c'est que tu devais savoir fichtrement bien danser. Car à l'époque et jusqu'à maintenant je n'invitais que celles qui savaient danser...Et après l'enterrement de Boniface à Kalakata on s'est revus ?
Elle sourit pour dire :
- Non, mais tu ne te souviens de rien décidément. Nous sommes sortis du cimetière ensemble et tu m'as ramenée chez toi. Mais je n'ai jamais su danser ! Je me débrouille, c'est vrai, mais, d'après ce que je me souviens, ce n'est sûrement pas pour ça que tu m'as invitée.
- Je t'aurais invitée pour ton corps alors ? Ou alors c'est que tu m'as souri, avec ce sourire dévastateur que tu as encore sur les lèvres. un peu moqueur, quand même. J'ai dû vouloir relever un défi...Ou alors encore ce collier en os que tu portais...Je crois que c'est au collier que je ne peux pas résister. il doit y avoir du plus et du moins dedans.
- Moi je crois que tu voulais surtout danser avec mon corps....D'ailleurs le collier il y a belle lurette que je ne l'ai plus. Il s'est volatilisé. Comme toi tu t'es volatilisé d'ailleurs. Au fait qu'as-tu fait de beau à Macondo ?
- Deux femmes et quatre enfants. Et toi ?
- J'ai ma fille Tanajura dont je t'avais parlé à l'enterrement tu te souviens. maintenant c'est une femme. Elle fait ses études de pharmacie à Macondo. Quant à moi j'ai été à droite à gauche. Je me suis attachée. J'ai rompu. Depuis septembre je suis seule et heureuse !
- Tu n'en soufres pas ?
- Je vis seule mais j'ai beaucoup d'amis, ma fille, ma mère, ma soeur. Et puis il y a les plantes médicinales qui me prennent tout mon temps.
- La chair est faible....Et pourquoi nous sommes-nous quittés ?
- C'est toi qui m'as quittée ?
- Mais pourquoi ?
- Je ne sais pas, tu ne voulais plus de moi.
- Parfois, j'y ai pensé et je me suis demandé pourquoi nous nous étions quittés. J'en ai conclu une crise de jalousie de ta part.
- Moi, jalouse, jamais, au contraire... Ce serait plutôt toi
- Alors, disons possessive ou exclusive
- Tu me disais toujours calme-toi, calme-toi.
- Je crois me souvenir en effet que tu étais particulièrement gourmande, plutôt difficile à satisfaire.
- Le revoila, le Tito-Dandy, toujours prêt à écorcher. Oui en effet, gourmande je le suis encore. Je suis toujours comme ça. Je n'ai pas changé. J'adore faire l'amour...Au fait tu te souviens quand nous sommes partis un mois ensemble avec ton canot blanc et que tu m'as abandonnée toute une nuit pour un mariage gitan. Je me souviens encore que tu étais toujours en érection.
- Peut-être à cause de la jupe que tu portais.
- Je me souviens aussi que tu avais un drôle de chapeau.
- Ah bon ? Un béret ? Un calot ? Un képi ?
- Un drôle de chapeau que je détestais.
- Moi ce que j'ai détesté c'est quand je suis venu te voir en août à Kalakata ! Tu m'as envoyé ta soeur ! C'est alors que j'ai su que nous étions cousins !
- Oui mais tu n'étais pas venu à Kalakata pour me voir. On n'était plus ensemble.
- Tu m'as vraiment déçu. J'étais venu pour te voir. Sinon que diable serais-je donc venu faire à Kalakata ?
- Tu aurais pu venir pour la treizaine à Saint-Antoine-des-Plaisirs-Divins par exemple !
- N'importe quoi ! Ta soeur heureusement m'a bien reçu. Nous avons même campé au bord du lac Kalakata. C'est un bon souvenir malgré tout. On a essayé de pécher des poissons à la main.
- Pendant que j'étais malade tu m'as écrit !
- Ah oui ? Et pourquoi je ne suis pas passé directement te voir ?
- Tu te souviens comment tu terminais toujours tes lettres ?
- Ah je t'ai écrit souvent ?
- Je crois. J'en ai conservé une. Tu te souviens ?
- Pas du tout !
- Tu finissais toujours par : Bisous partout et nulle part ailleurs !
16.3.07
Artémia du Corossol


Chaque lignée de docteurs feuilles a toujours dans sa pharmacopée une petite préférence, une plante totémique de base autour de laquelle s'articulent les autres et c'est cette plante-là qui est sa signature, sa marque de fabrique. Ainsi comme la marque de fabrique de son arrière-grand-mère Magdaléna avait été le corossol, comme celle de sa grand-mère Antonieta Wanda avait été le bon et vieux corossol, comme celle de sa mère Pépita avait été ce même corossol, la marque de fabrique d'Artémia Guimbo fut naturellement une fois pour de bon et pour toujours sa Majesté corossol. Il y avait eu Magdaléna du Corossol, Wanda du Corossol, Pépita du Corossol et maintenant c'est Artémia du Corossol qui avait pris le flambeau de ce coeur vert pour emblème totémique.
Déjà tout petite les premiers mots qu'Artémia apprit à prononcer n'avaient-ils pas été Corossol, Guanabana, Graviola, Soursop, Anona Muricata ! Et son biberon de lait n'avait-il pas été fortifié par non pas de la fécule de maïs ou de toloman mais par de la pulpe de corossol, excellente pour ses effets digestifs et diurétiques ! Il est vrai qu'elle avait hérité à la naissance de sa grand-mère Wanda d'une plantation de corossolliers ! Un hectare de corrosol, environ 300 arbres dont les feuilles vert foncé, les fleurs à trois sépales jaune vert, les racines, les graines noires, l'écorce et la pulpe allaient tisser sa légende.
En même temps que cette plantation Artémia hérita d'un savoir ancestral qui lui fut administré à petites doses infinitésimales par mère et grand-mère sans même qu'elle s'en rendit compte.
A 3 ans elle savait déjà distinguer les feuilles d'un corossollier de celles d'un goyavier et d'un manguier. A quatre ans elle expliquait à qui voulait bien l'entendre que le corrosol possédait des propriétés antibactéricide et anti-inflammatoire. A sept ans, âge de raison, elle savait qu'on pouvait utiliser la plante contre l'arthrite, l'asthme, le diabète et l'obésité.
Entre treize et seize ans elle apprit comment combattre cholestérol, névralgies et rhumatismes, hématurie et urétrite avec l'aide des feuilles, graines ou pulpe de corossol...
Elle apprit la décoction des feuilles écrasées au pilon utilisées en cas de spasmes et de diarrhées, de fièvre et de céphalées. Elle sut que les graines pouvaient être utilisées pour provoquer des vomissements en cas d'intoxication et possédaient aussi une action astringente. Elle apprit un à un les principes actifs de la plante et sut que l'écorce possédait une action spasmolytique qu'on employa dans le contrôle du diabète. Mais ce fut elle qui découvrit à l'âge de dix-sept ans la formule d'une pommade, la fameuse Artémia du Corossol, désormais brevetée en bonne et due forme, une pommade efficace aussi bien dans la lutte contre l'herpès que dans le combat contre le cancer. L'herpès n'a pas de traitement mais avec la pommade d'Artémia la cicatrisation est rapide. Le remède fonctionne aussi comme un bon coadjuvant dans la cicatrisation des blessures internes causées par le cancer.
Par ailleurs Artémia ayant développé un insecticide biologique puissant contre les moustiques, une suspension aqueuse provenant d'extrait éthanolique préparé à partir de graines, de feuilles ou de fleurs de corossol séchés à l'ombre pendant dix jours, on peut affirmer désormais que le corossol est 100 pour cent mortel dans la lutte contre la dengue, la fièvre hémorrhagique et la fièvre jaune.
12.3.07
Artémia et son racoon Roucou

Une petite faiblesse ? Un vomissement ? Une diarrhée ? Une inflammation des yeux ? Un rhume ? Un ventre ballonné ? Un poil terne ? Une puce, une tique ? Alors Artémia Guimbo se transformait en docteur-feuilles vétérinaire aux petits soins pour Roucou, son raccoon rouge des palétuviers, et lui administrait sa décoction maison de feuilles de corossol et de bourgeons de goyavier-savane mélangée d'écorce de pomme d'acajou ! Et si cela ne suffisait pas c'est que son raccoon était bourré de parasites internes comme externes. Il fallait donc le purger de tout cela. Pour contrôler les parasites internes, graines de papaye et feuilles de Cassia alata et d'anserine vermifuge, faisaient merveille tandis que puces et tiques étaientt combattues avec des graines de sapotille, sapote et abricot-pays et des feuilles de balai doux et de tabac.
Enfin il fallait bien lui soigner la peau à gros renforts de résine de bananier et de feuilles de mahot noir.
Après avoir brossé le raccoon comme un chien, lustré aux feuilles de mahot noir, bambou et balai doux, ce dernier pouvait reprendre sa routine et gambader librement.
7.3.07
Fuschia que te quiero fuchsia


Sacré Roucou ! Roucou, le racoon rouge d'Artémia Guimbo, c'est lui qui lui fit découvrir la valeur médicinale du fuschia. Artémia possédait alors dans son jardin deux pieds de fuschia, un magellan et un bolivien. Les fleurs en forme de tube renversé de l'onagraceae étaient du plus bel effet et agrémentaient à merveille son petit jardin tropical. Une après-midi alors qu'elle prenait sa sieste règlementaire dans son fauteuil à bascule fait sur mesure, elle se réveilla tout à coup en sursaut. Un mauvais rêve ! Inquiète, elle mit la main à son cou et put vérifier soulagée que son amulette, son collier en dents de jaguar, était toujours à sa place. Puis elle chercha Roucou des yeux, pour s'apercevoir que celui-ci au lieu de s'occuper de sa gamelle de crabes agrémentés de grenouilles, poisson et noix, était en train de se régaler de baies bien mûres de fuschia... Il se tenait en position attendant la chute d'autres baies arrivées à maturité autour de l'arbrisseau...
- Non, n'y touche pas ! Poison ! fit la maîtresse du racoon.
Celui-ci partit en reniflant à l'arrière de l'autre pied bien vivace et envahissant de fuschia qui avait l'avantage d'échapper à la vue d'Artémia. Au bout de quelques jours de ce régime, Artémia dut se rendre à l'évidence : les baies de fuschia étaient comestibles et Artémia vit son racoon se vautrer avec tant de volupté dans les délices du fuschia qu'elle même se dit :
- Pourquoi pas moi ! Ce qui est bon pour un racoon, ne peut pas être mauvais pour moi.
Par un beau vendredi elle ingurgita juste avant la sieste un ayahuasca de sa fabrication agrémenté d'une poignée de baies de fuschia ! Puis elle s'endormit. En peu de temps le ronflement d'Artémia s'égarait dans des contrées inconnues, se mettait en apnée, histoire de réaliser une longue hémistiche, avant de reprendre sa logorrhée boulimique. Elle parcourut sa vie à grands pas effervescents, se revit à quatorze ans peignant un ange au fusain sur lequel elle s'endormit enlacée toute une nuit, avant de brûler le papier au barbecue comme pour expier un péché mortel, elle se vit à genoux au confessional de l'église Saint-Antoine-des-Divins-Plaisirs contant par le menu détail à l'Abbé Prêcheur sa forfaiture en même temps qu'elle était envahie par ce cyclone intense que peu de fois elle retrouverait, elle revit les courbes généreuses que la nature lui avait fournies et se souvint du jour où à dix-sept ans elle s'était pour la première fois offerte en levrette aux assiduités généreuses d'un étalon de plastique, elle émit à nouveau le ronronnement qui toujours chez elle précédait les effluves du plaisir et s'abandonna goulûment dans les combles bien mérités de la sieste.
A son réveil Artémia, la culotte trempée comme une serpilière, mais fraîche et dispose comme elle ne l'avait jamais été depuis belle lurette, se mit à chanter comme un colibri saoul qui viendrait de s'épancher à une forêt de pistils de fuschia et décida d'abandonner sans hantise désormais l'habituel thé à la pomme cannelle qui lui servait auparavant de digestif. De ce jour, au lieu des décoctions de bois d'inde, carambole, citronnelle, clous de girofle, corossol, gombo musqué, goyave, herbe à fer, muscade, orange grosse peau, pomme cannelle, safran-pays, thym et vétiver ce ne furent que glace au fuschia bolivien, petite confiture de fuschia de magellan, fleurs de fuschia glacées avec du sucre cannelle ou salade de feuilles de fuschia au gingembre.
C'est ainsi que la baie de fuschia s'en fut rejoindre dans le stand de pharmacopée de la belle herboriste le frène et la figue et le fruit de la passion à la lettre F du coin à tisanes...
A la lettre A elle proposait l'angélique et l'anis étoilé, l'ananas et l'avocat, l'amandier pays.
A la lettre B elle proposait bardane et bouillon-blanc, bois d'Inde, bruyère et bois-bandé.
A la lettre C camomille, queues de cerise, chiendent et cynorrhodon (gratte-cul) sans oublier catuaba et christophine et canne à sucre, citronnelle, casse médicinale, café, carambole et corossol.
A la lettre D rien.
A la lettre E eucalyptus.
A la lettre G gentiane, girofle, guimauve, gingembre, gombo musqué et goyave;
A la lettre H herbe à fer, hibiscus et houblon et herbe du charpentier.
Aux lettres I Inga et J Jurubeba et Jurema et K rien.
A la lettre L lavande et lierre terrestre.
A la lettre M matricaire, mauve, mélisse, menthe, ményanthe (trèfle d'eau), mangue, muscade.
A la lettre N rien.
A la lettre O olivier, oranger et orbe blanche.
A la lettre P pariétale, papaye male, pensée sauvage, bourgeons de pin, pomme cannelle, pois d'angole.
A la lettre Q quinine.
A la lettre R feuilles de ronce, reine-des-prés, fleur de rose de Cayenne, rue, romarin.
A la lettre S sureau et semen contra.
A la lettre T tilleul, thé du mexique, thé pays, tamarin et tussilage.
A la lettre U rien.
A la lettre V verveine blanche, vétiver et violette.
Aux lettres W,X,Y,Z rien.
2.3.07
Orphie boucanée et colombo guimbo Partie 2

Le repas commença. On s'installa à table avec, dans le sens des aiguilles d'une montre, Flore de Sainte Rita, portant au cou un étrange collier en dents de jaguar, son fiancé, le commandeur, Boniface, arborant ostensivement sa légendaire chevalière de diamant à l’annulaire de la main gauche, à ses côtés la maîtresse des lieux Pépita Sandragon, suivie d' Orphélien Tito-Landi dit Tito, mais que d'aucuns en ville appelait le Cardinal avec sa barbe de chèvre, sa moustache de mouche et ses yeux jaunes de guêpe maçonne. Venaient ensuite Artémia Guimbo et sa demi-soeur Pilar de Morfil.
Les six convives, qui pour trois d'entre eux, avaient fêté la veille le carnaval, se mirent à la besogne.
Pendant une minute on n'entendit plus que le cliquetis des fourchettes et couteaux et les coups de mâchoires.
C'est alors que Tito se mit, comme à son habitude, à vouloir raconter une blague.
- C'est l'histoire d'une chauve-souris appelée renard volant. Pas une chauve-souris vampire, non. Une frugivore. Elle n'aime que fruits de sapotillier et pollen de fromager. Pourtant renard volant revient entièrement couvert de sang en zigzaguant à sa grotte et...
s'accroche la tête en bas pour se reposer un peu, car bien sûr ces bêtes-là n'ont pas comme certains ici leur petit fauteuil à bascule.
Il veut donc faire une petite sieste, Renard Volant.
Et il commence à ronfler dans la grotte...
RRRRRRRRRRRRRRRRRRRRRRRRRR
RRRRRRRRRRRRRRRRRRRRRRRRRR
Vous imaginez bien que les autres se réveillent : certaines à cause du bruit d'autres à cause de l'odeur du sang qui commence à monter.
Les autres chauves-souris la harcèlent pour savoir où elle en a trouvé. Même si elle ne sont pas vampires ça les chatouille quelque part. Leur passé immémorial de vampire remonte à la surface. Elles voient bien que ce n'est pas de la confiture de fraise mais du sang frais bien rouge.
Mais la pauvre chauve-souris n'a qu'une envie : se reposer, faire la sieste. Toutefois, devant l'insistance de ses congénères, la chauve-souris frugivore encore toute ensanglantée accepte de leur montrer l'endroit. Après quelques minutes d'un vol rapide et silencieux dans la nuit noire, le groupe de chauve-souris arrive enfin à l'orée d'une forêt. Elles y pénètrent et à l'entrée d'une clairière, la chauve-souris frugivore ensanglantée annonce :
- Voilà, nous y sommes ! Vous voyez cet arbre là-bas ?
- Ouais ! Ouais !
Répondent toutes les chauves-souris redevenues vampires affamées et avec déjà l'eau à la bouche.
L'une des chauves-souris, une flying fox, qui parlait donc anglais répond même :
- Yeah ! Yeah !
Et la chauve-souris maculée de sang de poursuivre :
- Et ben moi, je l'avais pas vu...
L'assistance partit dans un fou rire. Tous étaient aux éclats. Morts de rire.
- Sacré Tito... décidément tu ne vas pas nous laisser manger tranquille, eut même le temps de dire Pépita les yeux en larmes, les maxilaires en flamme et la mâchoire défoncée d'avoir tant ri.
C'est alors qu'au milieu des rires on entendit comme un râle venant d'outre-tombe. Le Commandeur tomba à la renverse de sa chaise en portant la main à la bouche.
Son heure était venue ! La fiancée du Commandeur se signa, retira son collier en dents de jaguar et commencer à crier comme un cochon qu'on écorchait pendant que Pépita, ne perdant pas le nord, entre deux cahots de rire et deux invocations à saint Blaise, tentait le bouche à bouche pour lui éviter de partir pour sa dernière demeure. Mais Boniface était déjà en route sur le canot menant à l'Autre Bord. Il mourut la bouche grande ouverte, la mâchoire bloquée, et quand finalement avec l'aide de Tito on essaya de lui faire refermer la bouche on retrouva au beau milieu de sa gorge, plantée comme un drapeau vert, une énorme arête verte d'orphie. La messe était dite, point ne fut nécessaire de médecin-légiste. L'étouffement par orphie et crise de rire fut caractérisé.
Au bout de sept jours de deuil, la fiancée du Commandeur, voulut se débarrasser, avant que l'épouse légitime et les héritiers de ce dernier, voulussent s'en saisir, de tout ce qui avait pu appartenir de près ou de loin au défunt. Elle confia donc à sa première dauphine, Artémia Guimbo, le soin de porter désormais le collier en dents de jaguar...
29.1.07
Sur les flancs du Bout du Monde à Part


Le Royaume de Kalakata, sur l'île de Kalakata autrefois baptisée Quatorze-Saints, est dominé par le Bout du Monde à Part, un volcan inactif qui culmine à 506 mètres dans l'archipel des Reliques.
Kalakata est un paradis béni des cieux puisqu'il a reçu en quelques siècles la visite des Quatorze Saints Intercesseurs, celle du Singe Vénérable et celle du prophète Jean Zoulou XXIX. C'est encore sous ce triple patronage auquel il faut ajouter celui de saint Antoine-des-Divins-Plaisirs qu'a lieu la Treizaine de l'Indicible du premier au 13 juin.
L'île royale de Kalakata se présente comme une oasis tranquille la journée avec son cimetière communal, le cimetière de Kalakata, auquel on accède au bout de 154 marches de marbre blanc importé de Carrare et où reposent, selon les dires de certaines, les attributs du prophète mystique Jean-Zoulou XXIX. Face au cimetière : l'Eglise Saint-Antoine-des-Divins-Plaisirs. Entre l'Eglise et le Cimetière : le bar Chez Boniface, la chapelle majuscule de Kalakata. Un peu en retrait près de la Fontaine au Singe la place du marché.
Depuis ce fameux cyclone de septembre 1917 qui a fait fuir vers Zoulous et Kalakata les habitants de l'Epée, peintres, photographes, sculpteurs, acteurs, intellectuels, artistes et artisans de tout acabit hantent comme des chauves-souris folles les ruelles étroites de ce Royaume aux terrasses tournantes, frises, doubles portes et toitures à quatre pans, sous la houlette emblématique d' Artémia Guimbo.
Kalakata est un paradis béni des cieux puisqu'il a reçu en quelques siècles la visite des Quatorze Saints Intercesseurs, celle du Singe Vénérable et celle du prophète Jean Zoulou XXIX. C'est encore sous ce triple patronage auquel il faut ajouter celui de saint Antoine-des-Divins-Plaisirs qu'a lieu la Treizaine de l'Indicible du premier au 13 juin.
L'île royale de Kalakata se présente comme une oasis tranquille la journée avec son cimetière communal, le cimetière de Kalakata, auquel on accède au bout de 154 marches de marbre blanc importé de Carrare et où reposent, selon les dires de certaines, les attributs du prophète mystique Jean-Zoulou XXIX. Face au cimetière : l'Eglise Saint-Antoine-des-Divins-Plaisirs. Entre l'Eglise et le Cimetière : le bar Chez Boniface, la chapelle majuscule de Kalakata. Un peu en retrait près de la Fontaine au Singe la place du marché.
Depuis ce fameux cyclone de septembre 1917 qui a fait fuir vers Zoulous et Kalakata les habitants de l'Epée, peintres, photographes, sculpteurs, acteurs, intellectuels, artistes et artisans de tout acabit hantent comme des chauves-souris folles les ruelles étroites de ce Royaume aux terrasses tournantes, frises, doubles portes et toitures à quatre pans, sous la houlette emblématique d' Artémia Guimbo.
2.5.06
Le Bal d'Entre-Deux-Morts : Chapitre 11

11
Ce fut en la qualité de chasseresse d’ouragans chevronnée, physicienne instinctive brevetée ès transhumances du coup de rein, médaillée par ailleurs ès tressaillements imperceptibles du bassin tout en étant en sus diplômée honoris causa docteur-doctoresse, qu’on retrouva quant à elle vers les sept heures du matin Artémia, pauvre bougresse, errant faite hippocampe, factice et clinquante, aux aguets entre tortues de mer avalant corolles de méduses et tentacules mortels de physalies. En grande prêtresse de la danse basse sur vent solitaire, des ascendances et des vrilles, elle venait, disait-elle, de présider in extremis du haut de ses trente-huit cyclones et quelques bonnes poussières, à l’enterrement de sa vie de donzelle pour pouvoir convoler en de justes voltes, par-devant les dieux et à huit quarts du lit des hommes, avec son roi d’amour, un dénommé Eternel, monarque sans fraise ni collerette des Reliques, Eternel XXIX, Sosso pour les uns, Victor-Solange pour les autres, cyclone itinérant de son métier et fabricant exclusif à ses heures de vent et de pluie. Un fameux gaillard, cet Eternel, un super capitaine au long cours, à l’entendre, bien que maigre comme un clou de girofle et toisant un mètre soixante-quinze au garrot. Virtuose tout bonnement. Pas un cyclone junior à la manque, un cyclone va-nu-pieds sans vigueur, un cyclone réformé numéro deux, atteint d'hydrocèle, ah ça non. Du solide, du baobab ! Du manganèse, du tungstène ! Le bougre était taillé dans une météorite ! Du feu fait dans du bon ciment ! Une force de la nature, un roc lisse comme un volcan mort-né, roulé, brassé et dépigmenté par le flux et le reflux d’un morceau de mer ancré on ne sait comment sur l’île aux Zoulous, après avoir marcotté sa gourme de glyptodonte au vent rêche comme sous-le-vent, caboté et barboté en long en large et en travers dans toutes les échancrures boréales comme australes de l'Autre Bord.
- Mariage pluvieux, mariage heureux ! clamait Mademoiselle la Chevalière à qui daigne l’entendre. Ni Monsieur le Juge, dépéché de la capitale, ni Monsieur l’Abbé prêcheur, d’une élocution laborieuse, n'acceptèrent, malgré la charge de malédictions et de fiel qu'elle fit luire à leurs yeux, de faire prêter à Artémia envers son époux serment de fidélité, secours et assistance quand elle avait chaussé les escarpins vernis dont elle couvait jalousement les évents et les empeignes depuis Hérode, fils de Cyrus et de Cassandane. Prendre mari entre mardi et mercredi, alors que l’adage dit bien expressément : “Entre mardi et mercredi, ni mariage, ni voyage en mer”, pourrait paraître saugrenu et prêter à sourire.
D’autant plus que, même pour l’observateur le plus averti des Reliques, on ne trouvait trace ni de cour assidue égrenée au rythme de la marée et ponctuée de roucoulades, ni à fortiori de liaison tapageuse avec chéri chérie à la volée, dévorement des yeux, promenade bras dessus bras dessous, bref, d’idylle à la folie au grand jour, de corps à corps effréné en plein dancing entre tourtereau et grive. A vrai dire, pour être tout à fait honnête, dans la mesure où il n’y avait eu ni fiançailles, ni demande en bonne et due forme, ni même pour le moins de consentement libre et sain du gentleman consort, nombreux seraient ceux qui, aussitôt que la nouvelle leur irriguerait l’oreille, qualifieraient de chimérique cet hyménée de fantaisie, considérant qu’un vol nuptial entre mardi et mercredi vers les zéro heure et quelques miettes en plus ou en moins du matin, avec en guise de mari un esclave en marronage en complet-veston de cheviotte pied-de-poule, chaussures de daim et fixe-chaussettes, pas même une cordelette à l’auriculaire, et pour unique témoin impartial une vieille peau de lune désincarnée juchée sur ses talons aiguilles, ce n’était que dévergondage mystique, apostat et hérésiarque ne méritant pas qu’on lui accorde plus davantage voeux de bonheur et prospérité !
- Trêve de plaisanterie, la compagnie. Ne soyons pas dupes, l’assemblée ! dirait l’un sans ambages.
- Foutaises que tout cela. Foutaises, vous dis-je ! renchérirait l’autre.
Pour tout un chacun, il n’y aurait pas eu l’ombre de la pénombre d’un témoignage digne de foi du moindre minime petit infime frôlement entre cette gueuse (comment l’appeler autrement ?) et le prétendu par procuration pour lequel, soit dit en passant, aurait-on remué ciel, terre et mer à la recherche de reliques, on n’aurait récolté de cet Eternel Victor-Solange, Sosso, XXIX et consorts que marabout, feu follet, terre de feu et tempête en mue perpétuelle. Selon toute vraisemblance, les fiancés mystiques n’avaient jamais trempé ne serait-ce que l’extrémité du bout de la pointe des lèvres dans la même calebasse de champagne. Alors, jugez ! Mêler leurs sabots maculés de goémon ! Bref ! En un mot comme en six cent soixante-six, c’était bien là un simulacre de mariage, une caricature de noces, un requiem de femelle en chaleur ! Ah mais pourquoi donc n’avait-on pas interné la scélérate alors qu’il en était encore temps !
Et maintenant la petite aguicheuse, la gourgandine, l’ange de mer avide de requins cornus aux épines tranchantes, qu’allait-elle encore inventer, elle qui ne rechignait à rien, pas même à louvoyer tous azimuts avec la mort et le choléra pour assouvir ses plus absconses fantaisies ?
Ainsi profanes et initiés babilleraient-ils, tissant et métissant leurs mauvaises langues de corbeaux et de maquerelles dans un jeu sans vergogne à la gloire des tridents fourchus et des tentacules éphémères de Saint-Cancan.
Oh, heureusement me direz-vous, que pour faire face au tollé et à la médisance, la pauvre déglinguée n’avait même pas pris la sage précaution de déloger (contre espèces sonnantes et trébuchantes) deux bonnes douzaines de souteneurs et de soutireuses de vice, en grande tenue s’il vous plaît, qui, sans doute mus par le désir d’intégrer les délices d’un cortège nuptial long de neuf heures de bombance à boire tout son saoul et manger du bon et du meilleur, auraient été vingt-deux mille fois plus prompts que l’éclair (ce qui n’est pas rien) pour affirmer la main sur le coeur ou sur la Bible et la tête de leurs enfants nés et à venir (et avec quel toupet), avoir été confidents d’une promesse de mariage proférée à marée basse à la faveur d’un boucan de fumée d’alcool.
Mais par ailleurs, comment les autorités tant civiles que religieuses auraient-elles pu ajouter foi à ce délire d’illuminés, aux élucubrations lubriques de cette bande de dévergondés éconduits ou délaissés qui, confondant vitesse et précipitation, vessies et lanternes, auraient sans barguigner signé des deux mains leur déclaration sur l’honneur d’une croix analphabète ?
Imaginez ! Une noce mystique ! Pourquoi pas par contumace ? Non, non, non, trois fois non ! Non sincèrement non ! Sincèrement, je ne vous dis pas la mésalliance ! Chacun voit midi à sa porte et le soleil à sa fenêtre, il est vrai ! L’amour a mille facettes, soit deux fois plus de déclinaisons aromatiques qu’une gousse échaudée de vanille bourbon, dont chacune peut être prise pour de l’argent comptant capable de déplacer la mer dans les montagnes, ces repaires de corsaires, flibustiers et pirates pour assister à une treizaine de neutralisation entre la mort et la vie... Certes... Mais, tonnerre ! Pourquoi diable cette hérésie d’aller chercher midi à quatorze heures quand l’imposture crevait même les yeux atteints de cataracte congénitale à plus d’un kilomètre et demi ? Dites-moi, en toute conscience, Messieurs et Dames, soit dit entre nous, marier une marchande de feuillages, autoproclamée voyante et guérisseuse, au buste atteint de polymastie, en dérade par-dessus ça, et un vieux cyclone mâle caduc et poltron (oui, poltron, car seul un poltron fini, ou un condamné à mort, aurait pu se prêter à de telles pratiques) ? Il faut le voir pour le croire. Il était six heures du soir et l'Angélus commençait à peine de retentir en ce mardi d'occulte mémoire. Comment justifier ces épousailles paradoxales quand on sait qu’il est des fois où un chandelier coûte plus cher qu’un enterrement ? Mais que faire ? Pour Artémia qui avait préféré se clouer sur la croix pour pouvoir fêter Pâques avant les Rameaux à douze jours de la procession, pour Artémia qui avait envisagé pour la procession des cercueils un rue tapissée de sel coloré, de sable et de café et jonchée de pétales de flamboyants, pour Artémia qui avait manigancé de si belle façon son entrée dans le monde par cette soirée de gala, le point d’orgue des cérémonies resterait indéfiniment en suspension... Instinctivement elle pressentait que la dégringolade approchait à grands pas. Il n’était pas question de ne pas payer quelque promesse que ce soit. Les génies réclamaient leur nourriture, leur banquet de sang, leurs sacrifices, les génies avaient faim, il fallait à tout prix respecter le rituel, les génies de toutes origines et de toutes catégories, les génies du Nord, les génies du Sud, les génies de l'Ouest, les génies de l'Est, tous s'étaient donné rendez-vous chez elle, Artémia et n'entendaient pas retourner bredouille. Des quatre points cardinaux elle était encerclée. Elle encourait, elle le savait, l’excommunication sans droit à pénitences, peines médicinales et expiatoires jusqu’à la fin des temps, l’ensevelissement sans rémission sous les eaux de la mangrove rouge. Alors il était hors de question de ne pas s’acquitter d’un péage à Saint-Antoine-des-Divins-Plaisirs et aux Quatorze Saints Intercesseurs. Mais d’un autre côté, malgré une semaine de battues effectuées en long et en large de Kalakata avec son raccoon apprivoisé Roucou, il fallait se rendre à l’évidence : l'Eternel de son coeur avait bel et bien disparu de la circulation. Volatilisé l'Eternel. Désintégré le Victor-Solange. Comment vivre désormais sans déraison ? Des cyclonologues annonçaient bien là-bas à des milles et des milles des Reliques un cyclone en formation sur l'Autre Bord. A n’en pas douter, elle en viendrait à bout de ce cercueil de raison, de cette procession, de cette Mer d’Entre-Deux-Morts dût-elle y passer trente-sept autres treizaines à Saint Antoine ! Seules traces palpables de sa brève romance avec le Bien-Aimé, des poèmes secs comme des brindilles de pierre philosophale commençaient à bourgeonner dans son ventre à toute heure du jour et de la nuit. De picotements en ballonnements, de points de côté en haut-le-coeur, il fallut bien là encore se rendre à l’évidence. C’était la parole, cette calamité sacrée, qui la démangeait, la prenait d’assaut et elle était mâle, et elle était femelle, et elle était en chaleur, l’infidèle. Une parole enceinte qui prendrait plus tard comme nom, celui d'Ondine Guimbo. Alors à défaut de procession de cercueils ce fut le début d’un étrange fait divers qui soixante ans plus tard resterait figé dans les esprits. Jamais l’on ne sut par quel miracle le marteau de menuisier de son père, feu Anicet Guimbo, avait atterri entre les mains de Mademoiselle la Chevalière. Salve Regina, mater misericordiae ! Toujours est-il qu'au petit matin du dernier jour de la Treizaine à Saint-Antoine-des-Divins-Plaisirs, à l'aube du grand défilé des cercueils prévu, ce fut au contraire le grand Martelage sur la Place des Quatorze. Après avoir asséné sept coups de marteau d’est en ouest puis de nord au sud sur chacun des Quatorze, l'Intercesseur en Personne seul épargné du terrible martelage, du terrible poinçon désignant ses congénères bons pour l’abattage, Mademoiselle la Chevalière installa tranquillement sa personne au sommet de l'Intercesseur en Personne. C’est ainsi qu'un cercueil en papier mâché en forme de cosse de haricot bleu indigo prit possession de la Place des Quatorze au petit matin de la procession et que la Veuve Eternel (car c’est ainsi qu’on appellerait désormais Artémia-Cora Guimbo dite Mademoiselle la Chevalière) commença son envol dans la déraison par une homélie en plein verger :
- Il pleuvait à perdre haleine quand m'apparut en majesté mon Bien-Aimé qui se dégonfla en moi de toute sa charge de manne diluvienne, houle salée et pimentée d’oeufs non fécondés qui inonda sans crier gare les moindres recoins de mon palais. En ce temps de déconfiture, en ce temps de débandade, à ce moment exact commença l'orgasme, la lune de fiel qui révéla en moi la femelle parthénogénétique. Les oeufs non fécondés de mon Bien-Aimé donnaient naissance à la bride des cerfs-volants de l'Angélus tantôt à des ouragans mâles tantôt à des ouragans femelles qui, à peine éclos, à peine affranchis s’empressaient au plus vite de réaliser leurs trois pas dérébénales de chaos sur l’échafaud. C’était sans compter sur le quadrille qui tranquillement attendait son heure pour se lâcher le corps et libérer son arôme sous le regard attendri du soleil qui venait à peine pourtant de fermer ses yeux pleins de caca sommeil.
Le Bal d'Entre-Deux-Morts : Chapitre 10

10
Orphélien-Félix Lambi-Lambi de Tito-Dandy ! Ah ! Pour s’accoster à un tel énergumène, il fallait en avoir du courage, ça, oui ! Et pas en dose infinitésimale, non ! Il fallait du courage tout bonnement ! L’homme était dérangé, il n’y avait aucun doute possible là-dessus. Voilà ce qui confirma les soupçons qui de toutes façons pesaient déjà lourd de tout leur poids sur le vieux débris : il y avait derrière la bâtisse une porte dérobée contre la serrure de laquelle Artémia n’eut aucun mal à plaquer ses yeux. Un petit coup d’oeil de rien du tout, ni vu ni connu et voilà le tour était joué. Sans un grincement, la chevillette chut et la porte se déverrouilla et vous savez quoi ? le dépravé était là tout tout nu dans son costume d’Eden vêtu à peine par un tablier de cuir, assis sur une chaise en train de manigancer quelque chose avec du papier. Vu l’heure avancée, ce ne devait pas être trop catholique vu que pas même une lampe à la Vierge ne brûlait tranquillement son petit bonhomme de mèche dans l’eau et l’huile mélangées pour exorciser les cauchemars. En jetant un regard en quinconces elle ne put s’empêcher de voir son Goldsmith, raide comme un fer de lance, entre bouterolles et résingles, en pleine méditation, envolé semble-t-il jusqu'aux confins de tout l’Anostrakhan. Mais cela ne semblait lui faire ni chaud ni froid, tout occupé qu’il était à sa lecture. Il lisait à voix basse mais suffisamment pour que les oreilles de raccoon d’Artémia puissent l’enregistrer. Elle écouta ainsi l’apparition, la créature presque irréelle, murmurer sa première encyclique :
"Tapi dans la mangrove, bondissant...
Le ciel aux trois-quarts nu
De giraumon, d’urine et de sang...
Assis sur le trottoir, le ciel tousse
Ivre de parfums errants,
De brocarts et de confettis à ses trousses.
Assis à marée basse, électrique...
Insensible aux chevaux des dieux
Qui tournoient
Au-dessus des tambours
Qui chavirent Insensibles
Aux orgues charnelles
Des moites guérisseuses...
Le ciel caracole,
Glisse, contorsionniste,
Voyageur immobile
Démêlant le cours des amours urgentes
Entre les atolls obscurs
De cacahuètes et de bonbons,
D’anges et de démons...
Cabriole, tiède et poisseux,
Cisaille à contre-jour
L’orpailleur en transe
Aboyant dans le sérail de mes âmes
Sevrées, esseulées...
L’aube culbute
Dans les lambeaux du gouffre
Dans les serpentins du soleil
D’où sourdent, dégénérées,
Les jambes et les larmes
Qui fraient encore, exotiques
Sur les pilotis
Du carnaval nocturne
D’où va saillir le jour."
Ah, non ! Mais que pouvait bien signifier cette histoire de jambes sourdes et dégénérées ! Elle tendit l’oreille, elle avait tout son temps, elle resterait là comme l et a font la, jusqu’à ce qu’il se démasque, l’Incunable. Il osa continuer pendant que la pluie redoublait son désordre de plus belle :
" Il pleut sur le kiosque des songes
Des encres mornes
Comme des brindilles
Enfantées de l’oeuf tiède
Où s’aimante
Délicieusement noire
La mygale
Fleuve des nuages
Qui emballe
De son ouate ludique
Le rayon nain
Dérobé
Au serpent arc-en-ciel
Enfin rassasié".
Ce qui ne devait pas être rassasié, c’était son morceau de fer, vu la façon dont il pointait, malgré le tablier de cuir, vers les étoiles à l’Orient en plein Pandémonium. Mais l’enlumineur illuminé continuait son flirt jusqu’à l’épure, imperturbable :
" Tellurique, dame Terre esquive les amarres
Effervescentes. Le ciel, hameçon entre les îles,
Rayonne, entonne l’odyssée perpétuelle,
Pion libre dans l’espace
Sempiternellement baigné par les baumes
Incendiaires du soleil obèse, son jumeau
Complice des moissons violées, oecuménique,
Humble, jadis et toujours, Terre :
Oasis, océan, oxygène, oeil
Revêtu d’or, jardin où les ombres basses
Exultent, balbutiant des airs amnésiques..."
C’était comme s’il lisait du braille sauf que ses doigts au lieu d’aller de gauche à droite parcouraient compulsivement le document de haut en bas. Etait-ce un document photographique ? Elle purgea encore plus son oeil pour enfin s’apercevoir que sur le papier photographique Kodak qu’il avait en main, il n’y avait que blancheur saline d’immaculée conception. Voilà qui commençait à plus qu’intriguer d’autant plus que le bougre ne débandait pas, ce qui somme toute était un fort joli spectacle après les émotions avortées de la nuit. Mais il fallait qu’elle en eût le coeur net, aussi plongea-t-elle à défaut d’yeux ses oreilles dans l'homélie-fleuve du forcené.
"Rebelle lascive
Telle la lune blette
Suçant les corps subtils
Des mangues sauvages
Enroulées dans la pluie d’obsidienne...
Courtisane de toutes les brousses
Avaleuse de poisson vivant
Pour mieux apprendre à nager
Dans les moues du fleuve douillet...
Les lacets se cabrent, dans un baiser de peaux, de tôles et de croix
Les laves du dernier décan affleurent,
Saupoudrent l’écloserie de marbre humide
Et la pellicule humide de feu cru
Enfouit les dieux écartelés
Aux moues du fleuve endiablé..."
Il avait dit “pellicule”. A présent qu’elle allait pouvoir le ferrer ! Mais pourquoi ne pas jouir encore un peu du délire en attendant que l’animal se révèle.
"Soudain pagayer dans le vent et découdre l’odeur légère de la forêt
Chasser les désirs cueillis dans la poudre des oiseaux rares
Et repriser dans les entrailles des pétales juteux...
Puis amarrer à la lumière verticale des matins
Un éclair avec le mot “boum”. "
L’espace d’un moment elle vit nettement une lumière verticale des matins se saisir de son poinçon de maître. Elle chercha en vain l'aigle bicéphale sous une fleur de lys couronnée entre deux grains. Elle chercha en vain le secours de la flamme réglable d’une lampe à pétrole à mèche et manchon de verre. En vain. Elle eut beau se purger les yeux, déployer ses antennes, chercher la source. Rien. Il ne parlait pas à une lumière, non, il parlait à la Lumière. Ainsi c’était donc ça, c’était à elle qu’il parlait, à la lumière ! Il faisait l’amour à la lumière ! Mais où allons-nous, Seigneur Dieu ? Prends pitié de la race humaine ! Mais faisait-il partie de la race humaine, ce Belzébuth qui se faisait butiner par la lumière ? Maintenant le vieux bougre ne parlait plus comme le récitant d’un mélodrame. Les mots mi-clos s’échappaient de ses yeux . (Maintenant la voilà qui se mettait à parler comme lui : les mots mi-clos s’échappaient de ses yeux. Non ce n’est pas tout à fait ça, excusez le bégaiement). Toujours est-il qu’il continuait à scander ferme dans le plus simple appareil, la bête au garde-à-vous tel un derrick débordant de crude oil :
"Nomades, où sont les nuits ?
Grince l’arc débandé du soleil
Embrassé à la portée de cristal
Des nuages en menstrues...
- Peut-être que la nuit décante
Blottie dans le nid du large
Faite une enfant, se vautre
Sous les flottilles de jasmin
Dévastant les marées,
Traquant le ressac du temps...
- Peut-être que la nuit accouche
Bien après les chaleurs
Faite une gueuse, brise
De son coeur de soprano
Les rames de glace de la lune qui s’épand
Dans un banc d’aquarelles...
- Ou peut-être, la nuit, peut-être
La nuit, lisse et lasse,
Allaite les étoiles prises
Aux moustiquaires de cendre
Où le ciel foudroyé
Bat en retraite la chamade.
- Peut-être qu’elle arraisonne
Les frêles écailles de l’orgasme total
Pour que nul ne sache
Qu’elle est née sans nombril,
Pour que nul ne sache
Qu’elle est grosse d’un jour
Au goût de sel..."
Et il attaqua le septième psaume : "
Abysses en vue ! vocifère l’huile en larmes
Faisant voler dans l’onguent vagabond
Les feux follets sortis de leur miroir,
Condors de phosphore, cyclones désemparés
Où se bousculent, palefrenières distraites,
Les couleurs qui rient en allant au supplice...
En chapelets, la lumière débouche, foule, broute,
S’autodévore sous la caresse des truelles,
Moud les étincelles, les taches, les brèches
En route vers le seuil du sacrifice,
Et dans l’embellie de l’oeil
Eclôt le prétendant buriné
Dans l’apothéose du matin soigneusement peint..."
Ah comme il parlait bien à la lumière et comme elle le lui rendait bien, à en croire ses gémissements ! Et le sans-gène continuait ses roucoulements photographiques avec le psaume huit :
"Noyée dans la saumure en flammes
Du soir délicieusement grand ouvert, l’indicible lueur
Cloîtrée dans son écrin liquide
Jalonné de boues, moustiques et palétuviers,
Harponne la braise moribonde de charbon rose
Innombrable qui serpente dans le cirque de sable
A force de nager, à force de nager
Eternellement à joncher les grèves de l’arc-en-ciel. "
“Braise moribonde de charbon rose”. A cet énoncé, elle manqua s’étouffer de rire. Ce qui l’en empêcha fut l’apparition au bout de la verge de monsieur d’une goutte de rosée d’un bleu d’outre-mer plus précieux que dix mille lapis-lazuli écrasés. Le feu commençait à prendre dans la maison, voilà qui n’était pas pour la déplaire après tant d’années d’incubation. Mais, voilà , imperturbable, il continuait ses élucubrations photographiques :
"Dans la baie, un sein vert flambe
Campant dans un bain de coton...
L’écho, hypnotique, tourne, tourne, prolifique...
Ô îles, les îles
Notes en menottes, ailes balafrées,
Miels de sel, fiels de ciel...
Ô îles, les îles
Filaments de mangue, eaux assoiffées
Larmes chaudes de tambours incoagulables...
Ô îles, les îles
D’où venez-vous, miettes de sang ?
Comment vous êtes-vous posés, papillons,
Au milieu de la grande termitière d’or bleu ?"
Plus d’une habitante de l'Ile aux Zoulous aurait dès la première strophe tourné les talons et déguerpi à toute vitesse loin de ce micmac, mais de façon incompréhensible, Artémia était comme un oiseau-mouche gligli beija-flor pris dans la glu de la lecture de l’épreuve positive sur papier de ce carnassier, incapable d’articuler pièce. L’autre par contre était intarissable sur ce qu’elle supposait être la photo encyclique numéro dix :
"Kaki, dans le jour rectiligne,
Le soleil, bibelot tiède et omniprésent,
Affalé dans les sortilèges
De la pluie ensorceleuse...
Incrustée dans son terrier maternel,
Luciole équilibriste,
A demi ivre souffre l’espérance,
Soufflant des goélettes de papier...
Les lunes se rétractent lestes et faibles,
La visibilité est bonne
De chenaux en détroits, vont, naufragées,
En débandade, les voluptés,
Roues flamboyantes
Dilacérant les haillons allumés
Des orbites sismiques..."
Ah s’il croyait la saouler avec ses rimes sans pied ni tête qui puaient l’ail et l’alcool à cent pas, il se trompait et lourdement. D’ailleurs elle commençait à comprendre le fin du fin de ce petit manège enchanté. Alors si ce qu’il avait en tête était ce qu’elle pensait, il pouvait d’ores et déjà déchanter et retirer ses chevaux de la pluie. “Monsieur, j’ai mari à mon pied et mari fidèle, puisque divinité.” Et puis quoi alors, il se figurait qu’une jeune dame de bonne famille, dans toute sa virginité préservée envers et contre tous depuis le quatrième stade larvaire, irait gâcher toute une vie de sacrifices pour “des roues flamboyantes dilacérant des orbites sismiques” ! Qu’il fasse un seul geste elle lui donnerait du “Monsieur, si vous ne vous respectez pas, au moins respectez-moi ou j’appelle au secours”. Mais l’Ancêtre s’en foutait pas mal et reprenait de plus belle sa liturgie tandis que la lumière continuait son strip-tease éhonté. Mais pourquoi ne parvenait-elle pas à prendre la poudre d’escampette ? C’est vrai il y avait des photos peut-être compromettantes, certes, mais de là à supporter cette engeance...ce palimpseste interminable...
"Zéro heure, la chauve cascade
Où le délire se découd
Dans les courbes de l’ennui...
Zéro heure, l’édentée
Déchirant les échos
Des obsèques de minuit...
Zéro heure, poupée
Aptère, assoupie
A l’ombre des rêves...
Cartomancienne hérétique
Châtrant les éruptions chagrines,
Châtrant, multipliant les yeux
Vers les plages pourpres...
Zéro heure, nymphe sourde
Défunte à la canne bossue,
Hissant le grand pavois
De la couleur polyphonique,
L’accord,
La peau du poète,
Eclipse magique
De tous les déluges..."
Elle fit mine de lever timidement le doigt comme pour poser une question à l’Inintelligible mais déjà ce dernier enchaînait son soliloque sur la photo-psaume numéro douze :
"Songes dans l’extrême sud
Monochromatique
Ancres tapissées,
Couples éteints, inflorescences...
Chevaux cardiaques
Occultés dans un nid lunaire...
Passager de la nef du fou
Fouetté par le roi si bémol
Qui monte à l’échafaud...
Battements rupestres,
Sentiers crevant les lieues
Au rythme des ailes de nuages...
La pluie soudain s’est tue
La liesse s’est tue soudain
Dilapidée dans ce jour rongé..."
Les choses commençaient à se préciser. Elle aurait voulu lui offrir quelque chose à boire pour lui délier la langue mais que pouvait-on encore délier d’une langue qui ne faisait plus lien avec rien ! Elle avait beau tenter alpha et oméga c’est toujours nada qui revenait. Mais il ne faut jamais désespérer même quand le grand cul-de-sac marin du bout du monde n’est pas loin. Un instant le Doyen se mit à consulter les photos qu’il avait décrites (un sourire satisfait se lisait sur ses paupières) mais cela s’éternisa tant qu’elle s’apprêtait à le relancer avec un “La cour dort ?” bien balancé quand il reprit sa récitation. Ou était-ce sa respiration ?
"Eteint dans la lumière, le portraitiste
Brûle l’absence mate,
La suie insolite...
La haute mer se dilue...
L’arche hiberne aussi loin que porte la vie
Dans son sanctuaire de sève
Où la terre saigne ses eaux bouclées
Qui écument des épaves de pierre
Aussi loin que porte la vie."
Non la cour ne dormait pas, d'ailleurs comment l'aurait-elle pu car vint immédiatement à la suite:
"Les îles du matin m’embrassent
Après une nuit de lune rase
Le ronflement du rayon
Macule en naissant le choeur torride
De l’alcôve qui s’écaille émaillée.
Entre traits, tracés et rayures
Flottent des oranges polymorphes
A portée des mains...
Sous la ménagerie de ses eaux poissonneuses
La gomme méthylique du soleil
Frotte dans le bassin d’étincelles
L’orchestre infime de ce lointain carnaval renié
Qui crépite, savonné...
Entre gravillons et bulles
Flottent des oranges polymorphes
A portée des mains...
Devant l’horloge en rut
Se signent les orangers...
Le soleil consent à la lune
La mare de feu
Greffée dans le pouls vivace de l’ombre ivre...
Entre ruines et volutes
Flottent des oranges polymorphes
Scandaleusement
A portée des mains..."
“Devant l’horloge en rut se signent les orangers”! Mais dans quelle Bible, dans quel missel, dans quel livre d’heures, dans quel bréviaire allait-il chercher tout ces sermons, hein ? Pourquoi pas, pendant qu’il y était : “Devant le rut des signes s’orangent les horloges”. C’était un petit peu trop facile, cette couillonnade, cet exercice de style qui défilait comme pour faire durer son seul plaisir. Et le pensum continuait :
"Le matin nage, innombrable
Salamandre aux cent venins de verre
Qui se distillent dans une encre de cendres
Offertes au soleil insatiable...
Dans le calice débordant
Des récoltes que la nuit
Ne grignote qu’à moitié,
Les sargasses du désir plongent,
Cinglant le silence des incohérences...
Hilare, la lune
Se réveille et butine
Le nectar indigo
Qui s’attarde
Comme une musique rétinienne
Aux confins du jour...
Ainsi emmurés vifs
Dans le flux impénétrable des reflets,
Vont à l’aveuglette
Dans le palais des singes volants
L’amour et ses tribus aborigènes
Veillant sur la toison rouge du ciel..."
Enfin, alea jacta est ! Il l’avait prononcé le mot magique, l’amour ! Et pour cela quinze psaumes si elle ne s’était pas trompée dans ses comptes. Oui car c’était bien là la seule chose à quoi elle pouvait se rattacher : compter les psaumes, les minutes, les secondes ; mesurer la longueur du braquemart qui la narguait afin de lui confectionner une camisole de force sur mesure, convertir cette longueur en centimètres, en volume, en inches et square inches, en carats, en encablures. Rien de bien passionnant, vous l’avouerez, mais c’était ça ou l’internement d’urgence à l’hôpital psychiatrique. Mais à bien y réfléchir, n’était-elle pas depuis longtemps déjà pensionnaire d’un asile à ciel ouvert ?
"Mon deuil échoue à l’aube
Les yeux ouverts sur les laves
De ce volcan éteint
Où s’apaisent les étoiles...
La flèche de l’archer s’évanouit, fauchée...
Le licol de mousseline de l’archipel précieux
Vacille, se dissout,
Orphelin mélancolique
Murmurant des baisers d’aniline
Aux marges du rêve...
Insomnuit d’été
Si seulement je pouvais rêver !"
Premier “je”, premier “mon”. Elle ne put s’empêcher de constater un progrès, un léger mieux au cours de ce dix-septième round qui fut d’ailleurs de courte durée car les vieux démons reprenaient le contrôle dès le round suivant :
"Sur l’échiquier, la nuit chancelle, vénéneuse...
Un vaisseau de pierre au galop s’envole
Au chevet de la mer noyée
Suant la résine...
Sifflotant, le saltimbanque
Econduit les horizons pétales
Pris du soleil gemme étanche
Dans les écumes du ciel d’étain...
Bientôt, les lunes oscillent
Ondulent, se dérobent frivoles,
L’étalon noir se dissipe
Décochant des flèches en forme de coeur...
Quelque chose se brise dans le noir :
Etait-ce un masque ou un miroir ?
Quand luit la dernière tranche d’ombre
Déboussolées, dans la dune de verre, les étoiles
Bégaient...
Les coquilles se détellent de la terre réfractaire...
Le soleil dévastateur s’abreuve de ciel
Cachant les antres de brai...
Tâtant les décadences nacrées
Ointes de sueurs salines
L’amazone enfin répudiée
Chantonne aux aguets
Dans la baie couleur sépia..."
Elle ne savait si tout cela était de la poésie syncrétique, synthétique, symbolique ou syntaxique mais au moins une chose, elle pouvait dire, oui elle pouvait le dire, et elle le disait tout net : la confession n’avait rien de saint Augustin . Tout à coup Tito-Dandy parut fort marri. D’où lui venait cette soudaine contrariété ? Quelque chose qui clochait ! Ne me dites pas qu’il était extralucide, je ne vous croirais pas. Eh bien voyez-vous, la cause de cette contrariété fut tout de suite balayée (il avait sauté une photo, regardé la dix-huitième avant la dix-septième, il dut donc revenir en arrière pour une nouvelle séance d’analyse de photos) :
"Clic
Hennissement aveugle, l’île
Se déhanche
Toute soie et serpent
Contre l’épi de maïs vert...
Clac
“Marée basse”, dit la reine-mère...
Aucune abeille ne rame,
Ne laboure les pollens de la mer...
Clic
Loin des brise-lames
Lisses et bouillonnants
Des crinières sans fin et du goémon,
L’iguane sous la villa jaune...
Le long des bougies
Coule le gouvernail du silence...
Clic
Sous les fleurs délabrées de l’éclair
Dans leur hamac vert
Les vagues veuves, les vagues nues
Courent après les lunes
Et lentement chantent les araignées...
Clic
Parfums de lumière
Qui jouent, jouent, jouent
Se décomposent
Dans une brise d’alcools...
Clic
Chimères de la mer, coup de sifflet final
Rongeant les sables glauques
Les tranchées dans le ciel ouvert,
Tapis du soleil et son essaim de sujets...
Clic
La nuit, la mer fructifie
Au ralenti..."
S’il continuait comme cela, c’est elle et non l’île qui deviendrait “toute soie et serpent” ! Si au moins il avait mis tout cela en musique et chanté même en play-back, la pilule aurait été bien plus facile à avaler. Mais là, comme ça, au dépourvu, après une nuit blanche d’un mariage consanguin pas encore consommé, non ! Elle avait dansé toute la nuit de cette noce de bambou, elle pouvait bien chanter maintenant ! Elle commençait déjà à s’éclaircir la voix quand le maître-orfèvre reprit de plus belle l’opus numéro dix-neuf.
"Au feu, au feu !
Feu à la dérive !
Scandent deux coléoptères...
Le feu fuit !
Le magicien s’est brûlé
A faire sa magie.
Le pôle s’évapore
Le puits fait l’aumône
L’enfant aboie,
La moto boite,
La forêt détale,
Le lion se vêt de singe
Noir et doré
Et petit à petit
Va planer
Au-dessus de l’autel fugace
Où gît
Ululant, pullulant, virulent
Le vol agile craché
Du saxophone ténor...
L’hiver fouette le ciel
La terre meurt prématurée
Liane après liane
Sécrétant comme vestiges
Le tapis de talc
D’une aile de sirène
Et le vertige nuptial
De deux notes jaunes inachevées
Au sein des similitudes."
Alors là plus de suspense. Elle attendit la suite avec impatience car ça commençait à devenir chaud. Le texte commençait à prendre de la texture. Il avait parlé mariage. “Vertige nuptial”. Enfin du concret, du palpable, du négociable après tous ces virages en épingle. Enfin une ligne droite qui se présentait.
- Continue comme ça. Vas-y. Encore un petit effort. On y est presque. Accouche : goûte au privilège de la maternité. Laisse-toi aller. Plus que quelques contractions et on y est. Déjà le col se dilate. On voit la tête qui se présente. Pas besoin de forceps. Vas-y, respire un bon coup. Maintenant pousse pour le meilleur et pour le pire !
Mais Lambi-Lambi, le damné, le marron, psalmodiait encore de tous les diables :
"Prunelle de gris jaune
Prunelle nuit et mer
Bleu coursier d’argile
Tigresse à la crinière couleur de brume.
Dans le rare verger qu’est l’amour
Audacieuse, elle va, incendiaire
Empaillée dans un paquebot hystérique
Vers le hasard des quais identiques
Les yeux pleins de chaux.
Dans ce chant veuf, dans cette capitale pyromane
La voilà, légère,
Aspirant les équinoxes dans cet air enchaîné
En selle pour un bain d’herbes monastique
Geôlière verte
D’émeraude pure..."
Et ne voilà-t-il pas qu’il se retourne et que, tout à son encouragement, elle ne se rend pas compte que c’est elle maintenant métamorphosée qui intercepte la lumière, qui déclame un chant venu du plus profond de sa matrice, un chant lubrifiant, un chant d’ouverture et d’accueil :
"L’accordéoniste des abysses
Peint dans l’oeil de l’obscur :
Un nuage en zigzaguant
Ancre aux eaux du vide.
Et le gong sue...tumide.
Et comme en un tango antique
S’écoule le cri acide
Des teintes atteintes par les balles,
Hoquet du temps incarné
A l’aube d’une pluie sèche de chaleurs vertes.
Et le gong sue...tumide.
Et comme en un tango marin
Caracole la pirogue étoilée du tigre intime
Renversant de son parapluie
Les certitudes les plus ensevelies de la peur.
Et le gong sue...tumide.
Et les papillons enfantent
Des flammes dans les sables mouvants,
Des harpes éoliennes
Comme des gymnastes hués par le soleil en ruines
A la recherche des marées sèches.
Et le gong sue... tumide.
Et comme en un tango de funambules
Les oeillères des brebis galeuses
Traversent la toile, vieillissent, exhument le salpêtre
D’un bandonéon dont la sueur incendie les cernes
De la nuit qui jazze..."
Et elle poursuit comme irradiée, prête à frayer sur le premier lit de gravier venu :
"Tendrement
Le messager lit
Les lignes du vent,
Prend le pouls
Du ventre jaspé
De la basilique d’encre de chine :
-Là-bas, sous les monts de Vénus
Rode le messager,
Troubadour englouti
Par une lave obscure,
Passager invisible
Des failles muettes
Qu’il restaure encore...
Tendrement
Le messager
Harponne
Les coquilles du temps...
A la pointe de l’hameçon,
Un morceau de vitrail
Où à peine filtre
La lueur des entrailles,
On devine soudain
La forme d’un cheval marron
Qui hennit."
La porte s’ouvre cérémonieusement et c’est comme si sa vie de spirale anti-moustiques se consumant sans flamme avait perdu son parfum d’alléthrine :
" Bleu roi
De ces couleurs pièges.
Bleu de ces teintes imprévisibles.
Issu du venin tribal
Des roses du désert
Le bleu tombe,
Comme un nuage de coton doux,
Sur la brousse atlantique des lèvres
Enflées de secrets,
Où, hystérique, il donne le jour
Sous le kiosque sympathique des pluies cyanes
A une larme de sang,
Daltonienne.
Bleu roi
De ces couleurs mutantes :
Seul le baiser de cobalt réchauffe
Les escales mélancoliques
De ces ailes closes,
Révèle les jeux d’artifice,
Et murmurant des flammes,
Fait évanouir
Le deuil magnétique
Des rênes d’ivoire...
La flèche de l’archer pénètre,
Débridée,
Le voile de mousseline de l’archipel précieux
Qui vacille, se dissout,
Orphelin en suspens, spectre d’aniline
Aux gants d’émeraude
Et aux chaussons d’améthyste..."
L’apparition la happe par la main, et l’invite à danser la mazurka sur le reposoir . C’est alors qu’elle bascule dans une maison toute entière tapissée de draps blancs...
"Dormir, virgule,
Souffler doucement
Des cases jumelles,
Ramper à nouveau, gigoter,
Jusqu’à ce que tout ne soit plus
Qu’une seule immensité...
Au lieu de l’abîme
La clairière dans la caféière.
Dormir, virgule,
Ca et là,
Lune bleue
Embuée
Sous la baguette du silence...
Le rêve entre et sort
Et jusqu’aux nuages
Craignent la chute
Vers le sommeil..."
Maintenant entre mordillements de cou, effleurements de peau et déshabillage des yeux, elle va à l’abordage :
" Les îles et une nuits
Me font chavirer,
Je fuis,
Naufragée inlassable,
Hors du clan tentaculaire
Vers la clarté volatile
Des voiles incendiaires...
Mes nerfs à la fleur du large
Bifurquent,
S’évaporent en filigranes
Plus loin encore...
Bleu nuit devient la mer
Aux portes de son repaire
Ancré à la rive gauche du coeur.
La crique n’est plus ce qu’elle était :
La neige reptile teint les dauphins de rose...
Eden ?
De temps à autre
Passe un trapèze
Balayant le silence. "
LUI, cannibale, continue à jouer avec les rimes comme on joue avec les risées pour éviter les déventements.
"Ô Reine, Notre Duc
Sous tes ongles laqués
J’imagine un ciel rouge
Aux parfums de lait de cobra...
Le soleil fait pleuvoir des sceptres sur le fleuve
Et des piranhas aux dents d’eau
Larguent des cerfs-volants sans fin...
“Chantez les très riches heures de l’En-Dehors !”
Crie à la face du levant
Un caméléon qui lisse les ailes du hasard
Planté dans le dédale de ta langue baccarat.”
ELLE, s’est faite terre et coupe le vent, exigeant qu’on l’honore :
"Près de la passerelle d’ivoire :
“Odyssées,
Métamorphoses,
Mues,
Je vous aime !” "
Seule la pluie figurait au nombre des témoins. Du reste, comme pour réaffirmer sa présence, elle redoublait, imperturbable interprète incandescente, à pianoter ses petites phrases, ses esquisses torrentielles, ses formules magiques, s’efforçant de jouer au mieux son rôle de porte-parole du raccommodeur de destinées. Et ne voilà-t-il pas qu’en plein débat cyclothymique, en pleine conférence poétique, la vagabonde, la sans vergogne susurre en catimini à la reine de haute voltige :
- “Artémia, ma fille, au nom de la lune clémente et miséricordieuse, consentez-vous à prendre pour partenaire Orphélien de Lambi-Lambi, dit Tito-Dandy, ici présent charpentier de marine, entrepreneur de pompes funèbres et photographe selon le rite tridentin des Quatorze Saints Intercesseurs ?”
Artémia ne fit ni une ni deux et répondit tout de go, après sept secondes de mûre réflexion, standing oblige :
- Volontiers avec un grand V. Ton nom est une huile qui s’épanche. Entraîne-moi sur tes pas, courons !
C’est alors que, livrée aux remous fantastiques des émulsions poétiques du chasseur d’images, sa carcasse fragile de bois léger de cocoyer se mit à tournoyer sans retenue de bride et serpentine au vent fertile du sud-est. Et personne pour amortir les embardées du vieil aquilon qui, tout en maintenant sa mitre soigneusement vissée sur le chef, venait comme un mort de faim de lui arracher traine et corset, de perforer la muraille de Chine et réclamait son dû, son droit de garenne, de colombier, de chasse, de pêche et de cuissage ! Et nul besoin ne se fit sentir de borax pour la faire fluidifier, ni de poudre de rubis, de sel d'ammoniaque ou d'alun pour la faire brunir, ni même de poudre de pelure de mangue pour la nettoyer et la faire briller comme un bijou. Repoussée, découpée, ciselée, amatie et entièrement dorée, elle était tout or tout argent, métal en fonte et métal dur qu'il sut enfin rétreindre, souder, ciseler, graver, polir, planer. La messe était dite ! Moctezuma XXIX, le maître du cacao, passait enfin à la vitesse supérieure ! Ce ne furent alors que glissements de terrain, éruptions volcaniques, inondations, tremblements de terre et pluie de feu, lacs de glaise à six heures du matin ! Quelle ne fut la cavalcade, un vrai combat de cerfs-volants avec poudre de verre pilé, jusqu’à ce qu’Artémia en transe se décapsule et s’enflamme comme un carré magique au soleil naissant au-dessus de la mangrove de Saint-Hyacinthe dans une coulée d’air qui fleurait bon le bonheur !
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