10.11.08

D'où l'Evangile selon Jaguar tire sa racine ?



Les Anciens des Reliques racontent volontiers au détour d'un verre de tafia qu'Entre-Deux-Morts se situe entre le crépuscule et le ciel et que le premier bougre reliquois était en vérité un pied d'igname-liane qui avait échoué sur les rivages originels de ce qu'on appelait alors l'île Chapelle, et qui porte depuis des siècles l'appellation contrôlée île aux Ignames. Ce bougre primordial archaïque, cet Igname-liane originel qui se fit appeler Ochan ce qui en Reliquois moderne se traduit par : Fils d'igname, ce sont des ignames. Par la suite pour brouiller les fils d'igname et de liane de sa naissance Ochan écrivit notamment: 'Nous sommes une plante, non point terrestre, non point céleste, mais du Tout-Monde'.
Par la suite les Ignames-lianes se greffèrent par bouturage ou marcottage à des Mangues-fils, pour donner naissance à des mangues-ignames, des mangues-lianes, des ignames-fils et des lianes-fils, puis les hasards et miracles de la pollinisation par abeilles et chauves-souris engendrèrent mangues-abeilles et ignames-souris.
Nos ancêtres Ignames-Lianes, donc, ne fonctionnaient pas avec l'entre-deux, le ciel et la terre, ni avec l'entre-quatre, le ciel, la terre, les dieux immortels et les hommes mortels. Non, nos ancêtres Ignames-Lianes se disaient OChan, ils étaient des prototypes à la fois consécutivement et parallèlement et intrinsèquement l'envers et son contraire, tous unis dans la même miscigénation. Au gré des concubinages, des avortements et des fécondations, de mutations spontanées ou provoquées, ils devenaient chaque jour plus résistants au rhum jusqu'au jour où surgit le premier bancoulélé et où l'on découvrit qu'on était la foudre, l'on découvrit que la foudre, que l'éclair, que le tonnerre, que le cyclone, que les mangues-lianes, que les mangues-ignames, lianes-fils, lianes-ignames, mangues-abeilles, ignames-souris avaient la même senteur vigoureuse de l'igname sauvage quand il fleurit, l'été, au soir, les racines immergées aux nuages...
Leur archipel devient une infime partie du Tout-Monde, et au même moment elle était le Tout-Monde. Leurs racines étaient rhizomes, et répandaient aux confins du Tout-Monde l'odeur de fauve du Jaguar...
Elles le sillonnèrent alors, ce brave Tout-Monde, en long en large et en quinconces, le creusèrent par tous les moyens possibles et imaginables, d'Atlantide en Mésopotamie, d'Hyperborée en Himalaya, d'Egée en cordillère des Andes sans oublier l'immense plateau central africain, et devant l'évidence que partout ce n'étaient qu'ignames à sept racines ils rebaptisèrent Ochan Jaguar, se nommèrent Equitumans, puis Tumuchis avant de devenir au seixième siècle, avec l'arrivée du Père Flèche Blanche Reliquois...

2.11.08

Bancoulélé


Bancoulélé, Bancoulélé, la seule évocation de Bancoulélé plonge le commun des mortels de l'Archipel des Reliques dans des borborygmes sans nom. Les figures se décomposent, les systèmes digestifs traumatisés ne savent où donner de la transe. Oui vous verrez bien quelques rabat-joie empoisonneurs, munis de leur chasse-mouches, amateurs de babillages, de persiflage et de manger cochon vous dire que c'est Bancoulélé qui est la raison pour laquelle l'île se retrouve concombre sans graines, que c'est  Bancoulélé, qui est à lui seul la cause de tous les maux sur l'archipel, que c'est la manifestation la plus visible de l'ange déchu, que Bancoulélé c'est plus que sorcellerie c'est extrême sorcellerie comme on dit extrême onction et que c'est presque 65 pour cent du taux des naissances avant terme, que Bancoulélé c'est le grand Décalotteur de l'homme et tant de semblables vilénies, mais sans Bancoulélé, les îles ne seraient ni plus ni moins que des confettis de lave sur une mer sans fin. C'est Bancoulélé qui apporte à ces îles leur légitimité, leur voracité de vivre, leur soif de reconstuire. Qu'on soit crabe cirique, raisinier de mer ou défricheur de la rosée, qu'on soit bleu ou blème, mangue mûre ou sûre, on meurt d'impatience dans l'attente de l'arrivée de Bancoulélé.
Certains pour se protéger de Bancoulélé font appel à d'étranges pratiques comme placer sous leur sommier un bol de vin d'igname avec une fourchette pendant au-dessus. D'autres pour s'attirer les faveurs des saints tutélaires de Bancoulélé placent au carrefour des routes leurs offrandes, ici une bouteille de mousseux trône sous un fromager comme l'hydromel dans son amphore, là un plat fêté de ragoût de gombo avec de la crème de cacahuètes et de noix de cajou, là encore un gobelet de popcorn, plus loin une caisse de rhum que nul ne s'aviserait de dérober. Chacun y va de sa contribution, il s'agit de régler au mieux ses honoraires au Grand Nettoyeur qui à l'issue de sa période de viduité vient à nouveau faire le ménage, vient arbitrer moyennant épices et force ignames, sa nourriture par excellence avec pour seul condiment le sel de cendres. Et si l'igname fait défaut, prenez garde car le Grand Raton Laveur ne se laisse pas amadouer par des mets de substitutions aussi royaux fussent-ils que le maïs, le malanga ou les cacahuètes. Car sans igname, pas de vin d'igname et sans vin d'igname versé dans les fosses libatoires pas moyen d'intercéder auprès du Vorace et de plaider une réduction de fracture. Sans vin d'igname pas moyen, l'affaire est grave, on ne peut pas tergiverser, c'est la famine, c'est la sécheresse, c'est la calamité et la période de soudure se fait période de saumure. Offrez viandes sacrificielles, offrez coq de bruyère, offrez pois du bois, offrez farine de manioc revenue dans l'huile de palme, rien n'y fera, sans la présence du précieux tubercule. Vous ne ferez que courroucer encore plus l'Affamé...
Le premier Bancoulélé se produit généralement au mois d'août et le dernier en novembre. De sages experts sont nommés par le gouvernement des Iles Unies des Reliques pour tenter de savoir quand aura lieu la festivité apocalyptique mais Bancoulélé a la floraison erratique et capricieuse et n'avise personne de son parcours de disette. Il aime se faire attendre. Parfois il point tout au bord de l'archipel puis décide d'aller semer sa gourme de plants stériles ailleurs dans un grand virement d'humeur. Alors les îles en chaleur, les unes après les autres, se font insinuantes, accueillantes, caressantes, voluptueuses chattes sur une mer brûlante que le Vandale va ensemencer.
Quand enfin il se résout à pénétrer l'espace reliquois, on se signe tout un chacun du signe de la croix, signe que le Nouvel An vient de commencer.......

14.10.08

Les mille et unes appellations du Perseguido

Ici on a affaire au persécuté, là au poursuivi, là encore au pourchassé, mais ce ne sont là que les mille facettes, dont aucune superposable, toutes distinctes de Bélisaire Miguel, aka Perseguido.
Mais quel est diantre cet animal, cette chose, ce concept, cet être, que sais-je, si recherché ?
Permettez que je vous laisse moisir encore quelques millénaires dans la non-volupté de la non-connaissance. Et pour vous mieux faire patienter laissez-moi vous conter l'incroyable aventure de feue chienne Daykott, terrier tibétain, au pelage immaculé que jamais tique de Karapata ne colonisa.
Je vous épargnerai mes didascalies absurdes car à quoi bon vous servirait postfaces, préfaces, épigraphes, notes marginales, infrapaginales et terminales, tables de matières, avertissements, titres, sous-titres ou intertitres mais sachez cependant que Daykott, Dieu l'ait en sa sainte protection dans le paradis canin, fut la seule entité physique qui se présenta aux obsèques sommaires de Bélisaire Miguel, joueur de musique, comme il se présentait lui-même par gestes et force cris, puisque le concertiste était sourd-muet de naissance...
Et pourtant, cet homme, né sur l'île de l'Epée, devait à lui seul réviolutionner l'histoire de la musique. On lui doit par exemple la découverte du son pi, la note bleue, la neuvième note dont aucun entendant n'avait ouï dire depuis des millénaires. Cet homme chétif sut à lui seul capter ce son que l'univers entier méconnaissait

10.10.08

Rites funéraires de Kalakata

A la mort d'un guerrier de Kalakata, son corps était embaumé puis jeté à la mer, à partir d'un navire avec tous ses biens. Si c'était un guerrier d'importance, le rituel était un peu plus élaboré. Le plus commun était le sacrifice de chevaux, vaches et chiens - dont les corps étaient écartelés et jetés dans le navire, ensemble avec le corps du défunt. Et les sacrifices ne s'arrêtaient pas lá. On demandait aux femmes de familles de serfs et d'esclaves qui aimerait s'unir au mort pour son dernier voyage. La volontaire était richement vêtue pomponnée et délicieuse parfumée, et devait participer à une fête arrosée où rien ne devait manquer ni victuailles ni boissons. Après le civet il était de bon ton de forniquer en long et en large avec tous les guerriers présents. A la fin du rituel, celle qu'on appelait désormais la Viking allait jusqu'au navire oùi l'attendait son destin: être étranglée par deux guerriers, tandis qu'une autre femme, nommée ange de la mort, lui transperçait les côtes de sa dague effilée. On incendiait alors le navire qui était lancé à la mer

2.9.08

Pour réussir un beau portrait de mariage

Choisir un cadre
De préférence panoramique
Y jeter du riz jauni au safran
Et des pétales de rose bien rouges
Et souffler dessus pour imiter la brise
Inviter quelques ramiers blancs à venir voleter au-dessus du cadre...

Choisir un monument
A la perspective irréprochable
L'idéal est qu'il y ait des marches interminables
Prier pour qu'il ne pleuve pas
L'idéal étant le Sacré-Coeur

Y placer les mariés et faire sa photo.

Si vous arrivez à transmettre sur la photo les battements de coeur et les coups de cloche qui résonnent, la nuit de noces à venir et les premiers émois de la rencontre
Alors bravo
Vous pouvez sourire
C'est signe que la photo est réussie et vous pouvez vous offrir...
Une ou deux dragées, un petit four et un verre de Champagne...
Ne signez surtout pas !
Votre signature viendra naturellement
Imprimer sa marque d'eau sur la noce...