30.5.08

Les poules du couvent couvent


Les poules du couvent des Pardons couvent au son de la harpe à pédales et du berimbau. Voilá quel fut le songe étrange que reçurent le jour de la Saint-Zoulou une bonne foultitude de personnages des Reliques quasi simultanément conformément aux appels de la Providence. L'archevèque de Station Wolfork et primat des Reliques reçut l'appel, le Chapitre Général de la Communauté de Saint-Zoulou tout entier avec l'exception notable du Prieur Général, spécialiste de la capture de l'Ennemi au noeud coulant, en déplacement dans le cadre très strict de ses attributions, reçut l'appel, 142 profés perpétuels reçurent l'appel, 65 oblats réguliers reçurent l'appel, un novice qui faisait un temps au désert reçut l'appel.

24.4.08

Sulamita Tapiramuta voulait toujours commander

Sulamita Tapiramuta voulait toujours commander...Elle régentait le monde à sa façon, accordant sa bénediction à l'un, maudissant l'autre tout cela avec cet éternel sourire de jeune fille effarouchée. Elle avait hérité de sa mère Maria de Lourdes le don insigne de voyager parmi les rêves, ce dont elle ne se privait d'ailleurs pas, puisque chaque matin à son réveil, elle n'avait pas moins de quatre à cinq douzaines de rêves à coucher sur le papier afin de pouvoir les analyser plus tard sereinement. Cette intense activité psychique nocturne avait malheureusement l'inconvénient de provoquer chez la demoiselle une intense migraine et il suffisait qu'apparaisse à ces moments lá un seul petit cafard de rien du tout pour que l'événement déclenche un charivari hystérique chez l'apprentie démiurge dont les cris de belette zébraient l'air comme des éclairs de démence.
À ces moments lá elle perdait toute prestance, toute convenance, toute fierté, toute raison et on aurait cru sa demeure envahie de douze mille cafards armés et cuirassés pour un combat de tranchées...
Il n'y avait pas un seul habitant de son quartier, pas un seul qui n'ait une anecdote à raconter sur Sulamita Tapiramuta et ses cafards, pas un seul qui n'ait eu un jour ou un autre à n'importe quelle heure du jour ou de la nuit à lui prêter secours en toute urgence. Et elle même riait de ces histoires de folle à gorge déployée, une fois bien sûr la vermine écrasée, broyée, flytoxée et anihilée par un sauveteur providentiel goguenard..
Nul besoin de préciser que tous les jours elle pulvérisait les quatre coins de sa demeure d'une potion secrète censée éloigner les prédateurs mais il y avait toujours un indésirable plus acharné que les autres qui arrivait on ne sait comment à déjouer les mille et un pièges tendus par la demoiselle.
De tous les cancrelats celui qu'elle redoutait le plus c'était le grand cafard albinos volant. Ah celui-lá l'avait narguée des nuits et des nuits durant, onze nuits exactement, onze nuits où elle n'avait pas pu fermer ne serait-ce que la moitié de l'oeil, sur le pied de guerre qu'elle était, balai, filet à papillon, épuisette, tapette à mouches, serviette de toilette, bombes de produit mortel. Rien n'y fit, il passait par ici, il ressortissait par lá, le grand albinos volant, ayant même l'audace de plonger sous ses draps et de remonter nonchalamment le long de ses jambes longues, longues, longues à en donner le vertige, allant même jusqu'à faire frissonner ses antennes le long de sa toison alors que pendant un instant elle s'était de guerre lasse assoupie. On entendit, raconte-t-on jusqu'à aujourd'hui dans le voisinage, voler les draps par les fenêtres et on vit en plein clair de lune la belle décomposée prendre ses jambes à son cou comme poursuivie par douze essaims déchaînés de guêpes maçonnes, poussant ses traditionnels cris d'orfraie.
Après cet incident que je ne vous aviserais pas de narrer en sa présence, sauf à vouloir vous en faire une ennemie, Sulamita Tapiramuta résolut de tout savoir sur cet albinos volant qui ferait d'elle en une traînée de poudre la risée de l'île toute entière, son habitat, ses moeurs, son mode de reproduction, et décréta à qui voulait l'entendre qu'elle allait l'exterminer, le scélérat à ailes, lui et toute son oothèque. Eh oui Sulamita Tapiramuta voulait toujours commander !

17.12.07

Sulamita Tapiramuta et le jardin de mandragores



Après dix-huit ans de fiançailles au seuil de son jardin planté de mandragores, après dix-huit ans de dimanche soir au vendredi soir à se morfondre dans la non-volupté de la réflexion et de la solitude, après toute une majorité de week-ends troubles et troublants à peser le pour et le contre d'un engagement clair et net, après dix-huit ans de matinées à consulter de long en large les revues matrimoniales à la recherche du prince perdu, après cette immensité d´années dans l'attente de son couronnement de princesse virginale, reine anankastique promise d'une brousse sèche non débroussaillée, Sulamita Tapiramuta fut sèchement débarquée de son piedestal d'ivoire, en pleine nuit de réveillon de Noël, pour devenir subitement un simple avatar de princesse de sang, pour devenir subitement une ex First Lady du Tommy Dorsey local, une ex du beau colonel Mario Dias Coelho, le tromboniste de la Société Philarmonique Minerve, surnommé par ailleurs 'le diamant noir' qui malgré sa réputation bien établie de musicien fertile comptant au tableau de bord vingt-trois naissances dûment répertoriées, (quinze garçons et huit filles, dont seuls quatorze avaient réussi à survivre, et sur ces quatorze-là deux handicappés profonds!)ne réussit jamais à faire arrondir son ventre comme elle l'aurait si ardemment souhaité.
Une à une elle dut se résoudre à ranger bien au fond de son armoire de jacaranda fabriquée sur mesure les jolies camisoles, les jolies chemises de nuit transparentes bleues, roses, chair, qui savaient si bien faire fondre et durcir d'un même allant son compagnon millénaire. Elles en vinrent à moisir malgré toutes les précautions qu'elle prenait pour les préserver libres de toute contamination.
Durant dix-huit ans la maîtresse d'école s'était enfouie week-end après week-end dans cette relation étrange et pendant dix plus huit années elle n'avait jamais ne serait qu'une nuit partagé sa nuit avec quiconque. Tout juste avait-elle consenti à l'heure du bouleversement des sens à se lancer dans l'étreinte mais aussitôt les sens calmés, il fallait que l'autre déménage, loin de ce lit sur lequel elle avait fait serment de ne jamais se donner entièrement en dehors du mariage. Serment fait à sa mère par ailleurs sur son lit de mort. Aînée d'une famille de 11 enfants Sulamita était pourtant une femme déterminée. Comment alors expliquer ce paradoxe, comment alors expliquer cette étreinte inconsistante, obsessionnelle et compulsive de dix-huit ans ?

8.12.07

Periquita, ou le vin de Setubal du Commandeur


Quand Orquidea Dias reçut du Commandeur Arsène Tamarin par un beau dimanche matin une bouteille millésimée de haute facture du fameux vin portugais Periquita, elle était loin de s'imaginer que ce breuvage pourtant réputé dans les hautes sphères serait la source de tous les maux.
Elle plaça son cadeau sur le haut d'une étagère et pendant cinq ans la bouteille demeura inviolée comme d'ailleurs la jeune fille qui à l'âge de 37 ans demeurait encore donzelle et féministe.
Or il arriva un jour ou rangeant ses affaires dans la perspective de l'arrivée d'un prétendant chez elle, la veille d'une soirée dançante mémorable, la bouteille réapparut sept ans après.
Ne comptant ni deux ni trois, Orquidea Dias avait placé la bouteille au frigo pensant la déguster en petit comité dans la chaleur de la nuit de Capharnaum dont elle était originaire.
Elle ignorait bien sûr les effets pervers du breuvage sur la libido tant masculine que féminine

26.11.07

Entre polypes et méduses



On retrouva Prince-Régent Ismaël voguant dans un linceul de polypes et méduses, le corps foudroyé par le venin des nématocystes d'une colonie de cuboméduses Chironex Fleckeri à soixante tentacules, chacun mesurant quatre mètres cinquante de long pour six millimètres d'épaisseur, le coeur paralysé, les yeux hagards...